30/05/2016

Déménagement

Le blog a déménagé. 

Dorénavant, plus aucun article ne sera écrit ici.

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00:00 Écrit par Samuel Delcroix | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

15/05/2016

Marathon Photo - Opus 20 -> " MORT "

C’est le mot « MORT » qui est proposé cette semaine.

Parce que la mort, c’est une thématique comme une autre, qu’elle est vieille comme l’histoire de la photographie ou l’histoire de l’art tout court.

Il aurait été dommage de ne pas lui laisser aussi sa place ici, dans ce marathon.

Des peintres comme Le Caravage, Théodore Géricault, Francis Bacon pour ne citer qu’eux l’ont abordée à de multiples reprises et de manières magistrales. Dans l’histoire de la photographie, avant que celle-ci ne s’émancipe de la peinture, beaucoup reprenaient cette thématique avec plus ou moins de bonheur.

De nos jours, elle fait partie intégrante de l’art contemporain.

En 1840, Hyppolite Bayard se met en scène dans un faux suicide en noyé pour protester contre l’académie des sciences qui ne reconnaît son invention.

En 1858, avec sa veillée funèbre « La Mourante », Henry Peach Robinson crée dans des décors, une scène de genre à caractère dramatique.

Plus près de nous, Duane Michals, dans des séquences d’images, fait jouer le rôle de la mort à son propre père et le rôle de la victime de la mort à sa grand-mère ! Une autre fois, dans un montage photographique, il réalise un double autoportraits dans lequel on le voit debout, observant son cadavre couché sur une civière.
A la fin de sa vie, Robert Mappelthorpe se représente appuyé sur une canne au pommeau en forme de tête de mort et une étrange ressemblance entre les deux figures apparaît.
Dans un autre registre, Joël-Peter Witkin découpe des cadavres et compose avec différents morceaux des natures mortes impressionnantes et Désirée Dolron s’improvise en Rembrandt en reconstituant des « remakes » des tableaux du maître dans lesquels des cadavres sont préparés pour l’ensevelissement.

La liste pourrait s’allonger…

Serrano.jpg

Pour l’illustrer, j’ai choisi une photographie d’Andres Serrano tirée de la série « THE MORGUE » réalisée en 1991.

D’origine hondurienne et afro-cubaine Andres Serrano est né à New-York en 1950 et il a poursuivi des études d’art à New-York.
Il est considéré aujourd’hui comme une figure majeure de l’art contemporain.

La mort, la religion, le sexe, la violence imprègnent son œuvre.

C’est un photographe controversé.

Avec « Piss Christ » (un crucifix immergé dans un bocal d’urine) il a provoqué de grandes polémiques. Considérée comme impie (alors que paradoxalement l’artiste se revendique comme chrétien) l’image rejetée par les milieux catholiques et d’extrême-droite est vandalisée à plusieurs reprises. L’artiste reçoit des menaces de mort…

En choisissant de se pencher sur des sujets que l’on ne montre habituellement pas il nous propose une réalité souvent dérangeante.

On ne peut rester indiffèrent à son (ses) propos.

Avec « THE MORGUE » il décide de montrer la mort au plus près au travers d’une somptueuse série de portraits de défunts, rendant esthétique un sujet qui ne l’est à priori pas. Certaines images de la série sont très dures.
La société occidentale se caractérise par la peur ou le désarroi face à la mort. La fuite devant l’idée de la mort (ou de sa représentation) est l’apanage de l’être humain. C’est normal.

Serrano décide d’affronter cette peur de front et de « jouer » avec elle. Il propose en très grand format des images en couleur Ektachrome incroyablement précises réalisées à la chambre d’atelier 20 X 25 cm. avec un éclairage de studio.

En plaçant le corps sur un fond noir, il suggère le vide approprié à la mort. La lumière est crue sans être dure. Les drapés, couleurs et attitudes sont directement inspirés de l’iconographie chrétienne.

Serrano puise son inspiration directement dans la peinture et déclare : « J’utilise la photographie comme un peintre utilise sa toile » et « dans mes photographies la couleur spécifique de la mort n’est pas encore visible. J’ai avant tout cherché à trouver la vie dans la mort ». Blancheur, douceur, apaisement, traits fins et délicats, tissu enveloppant et duveteux, des éléments qui à la fois cachent et laissent entrevoir. Les personnes fraichement décédées sont cependant déjà dans leur « sommeil éternel ».

Sous chaque image, en guise de titre, figure une information qui caractérise la cause du décès. Ainsi, tout en préservant l’anonymat de chaque personne, on apprend par exemple qu’il s’agit de suicide, de méningite, d’accident de la route ou de crash d’avion, d’homicide, de sida, d’insuffisance respiratoire etc.

A la dimension plasticienne, une dimension documentaire et/ou biographique se superpose alors à chaque image dans le sens où la cause du décès nous dit quelque chose sur la fin de la vie de chacun des défunts.

Contrairement à certaines images de la série qui sont difficilement regardables celle que j’ai choisie est d’un abord plutôt « facile ». Elle représente un homme décédé d’insuffisance respiratoire dont le visage est partiellement masqué par une étoffe d’un rouge très vif. La couleur rouge étant d’ordinaire réservée aux dépouilles des rois, des primats de l’église, des aristocrates etc. elle apporte une touche « noble » qui « gomme » le morbide.

Dans une atmosphère silencieuse et toute empreinte de sérénité, une grande douceur se détache et flotte dans l'image.

En le présentant de la sorte, l’artiste nous dit de manière très subtile une chose importante sur sa démarche ; le profond respect qu’il éprouve face à son « modèle » apparaît dans toute sa force.

Le Mac’s du Grand-Hornu (anciennes mines transformées en Musée d’Art contemporain) avait organisé dans les années 90 une exposition de quelques images tirées de la série qui avaient toutes un point commun ; les personnes représentées étaient décédées des suites de maladies pulmonaires. La volonté du conservateur du Mac’s étant de s’inscrire dans l’histoire locale avait privilégié dans ses choix une sélection d’images emblématiques propres à ce passé industriel et minier.

Personnellement, je n’ai jamais ressenti de malaise en regardant des personnes ou des représentations de personnes décédées. En découvrant les photos de Serrano au Mac’s, je me suis senti un peu pris à la gorge par la force artistique qui s’en détachait mais je n’ai jamais eu l’impression d’être un voyeur qui se repait de l’observation d’un objet morbide.

Ce nouveau mot ne vous laissera sans doute pas indifférent et j’imagine que vous saurez dépasser le premier degré en proposant une image qui l’illustre intelligemment.

Comme Andres Serrano…

00:03 Écrit par Samuel Delcroix | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

08/05/2016

Marathon Photo - Opus 19 -> " Horizon"

Voici le 19e opus du Marathon Photo.

C’est le mot « HORIZON » qui est proposé.
L’horizon, c’est une ligne lointaine, une ligne qu’on ne peut photographier seule. Une ligne au delà de laquelle on ne voit pas. Une limite. 

Avec l’horizon, on est obligé de faire avec l’en deçà.
La difficulté ici est de faire cohabiter l’un et l’autre, la ligne et ce qui la précède tout en veillant à ce que le concept édicté soit parfaitement évoqué. 

Le challenge est ouvert.
Compliqué ?
Normal, le mot est grandiose, le défi est de taille !

Pour l’illustrer, j’ai choisi une image tirée de la série « SEASCAPES » qu’Hiroshi Sugimoto réalisa entre 1989 et 1997.

Sujimoto_seascape-2.jpg

Une image dans laquelle la ligne qui caractérise le mot en question est à peine perceptible.

Né à Tokyo en 1948, Hiroshi Sugimoto quitte le Japon en 1970 pour étudier l’art à Los Angeles.
A cette époque, l’art conceptuel et minimaliste règnent en maître et vont fortement influencer son travail.

Avec sa chambre d’atelier grand format (20 X 25 CM) il entreprend un tour du monde et photographie aux quartes coins de la planète des horizons marins.

L’œuvre entière d’Hiroshi Sugimoto est basée sur l’idée de la série.
Il y aurait beaucoup de choses à dire sur le travail du maître. On pourrait parler de ses théâtres, ses vitrines de musées ou ses statues de cire du Musée de madame Tussauds, j’en passe.

Pour cibler le mot du Marathon, j’ai choisi une image tirée la série « Seascapes » car elle représente à mon sens ce que l’artiste a fait de mieux.

La série « Seascapes » composée d’une cinquantaine de clichés aux cadrages rigoureusement authentiques nous présente, à partir d’un point de vue unique (en hauteur) des horizons marins avec une particularité ; le ciel et la mer se répartissent un part égale dans le cadre, la ligne d’horizon coupe l’image en son centre et la divise rigoureusement en deux.

Pour cette série, Sugimoto a opté pour un cadrage inhabituel qui contredit toutes les règles classiques de la composition qui veulent que par exemple, on répartisse des tiers en proportions inégales ; deux en haut, un en bas ou l’inverse.

Chacune de ses vues répond évidemment aux critères classiques de la beauté, de la symétrie et de la poésie visuelle mais chacune prétend également se soucier assez peu de l’endroit où elle a été prise. L’appareil photographique tente d’atteindre une sorte d’impartialité dans la prise de vue. Ses sujets sont généralement des lieux où les gens se réunissent pour une contemplation collective (théâtres, musées, mer etc.). 

Que ressort-il de cette série ?

La démarche s’apparente à l’idée de développer à partir d’un sujet unique, un répertoire d’images de type « encyclopédiques », un peu à la manière des époux Becher (avec les châteaux d’eau par exemple).

Mais à la « l’objectivité froide » de Bernd et Hilla Becher, Sugimoto ajoute/oppose une dimension poétique car il distille à l’intérieur de chacune d’elles une atmosphère propre.

Les Becher refusaient les effets de lumière; ils choisissaient volontairement une lumière diffuse, unique pour toutes leurs images, pour ne rien privilégier.

Formellement, Sugimoto choisit aussi de ne rien privilégier dans son cadrage mais il laisse la part belle  à la lumière. il lui ouvre la porte et Il se laisse surprendre par elle.

Voir l’une ou l’autre image de la série donne une bonne idée mais pour apprécier véritablement l’envergure de ce travail il faut considérer la série entière.

J’ai eu la chance de la découvrir en 1993 quand le Musée des Beaux-Arts de Charleroi (et son directeur Laurent Busine) ont eu la bonne idée d’inviter l’artiste a exposer cette série (entre autres).

Dans une salle grande comme un hall omnisport, découvrir une cinquantaine de ses tirages accrochés en une ligne parfaite qui court sur toute la longueur des quatre murs, c’est un véritablement coup de poing en pleine figure.
Un choc artistique très puissant ! J’ai failli tomber par terre tellement c’était beau.

En entrant dans la salle, ne connaissaient pas l’artiste (il était peu connu à l’époque) je me suis demandé de quoi il s’agissait. J’ai d’abord cru voir des images abstraites présentant des aplats ou des dégradés de gris, de noirs et de blancs et ce n’est qu’en m’approchant que j’ai compris le sujet.
L’effet de surprise provoqué en moi m’a compétemment bouleversé.
Avec jubilation, je me suis mis arpenter l’exposition et à scruter chaque cliché. Une grande joie s’était emparée de moi. J’étais émerveillé.

Dans ses images l’artiste a voulu montrer un monde. Un monde pur. Une immensité dépouillée. Nulle part on ne détecte la trace la plus infime soit elle, d’une présence et/ou activité humaine ou animale. Pas d’avion dans le ciel ni de bateau sur l’eau, aucune référence à la surface terrestre, pas de sable ni de rocher aucun point d’appui, seulement de l’eau et de l’air, rien d’autre !
Une économie maximale, une épure.
Une rencontre avec l’infini, avec un monde tel qu’il devait être au tout début de l’histoire du monde…

Dans l’image que je propose (il fallait bien en choisir une) la ligne de l’horizon se devine plus quelle se voit.
La surface laiteuse du ciel se confond avec la surface grise de l’eau de la mer.
Les vagues ondulent et dessinent des lignes courbes.
On devine le vent qui souffle, on sent le mouvement de l’eau, son ventre qui se gonfle …

Hiroshi Sugimoto est pour moi un véritable modèle, un maître à penser et à voir.

 

00:52 Écrit par Samuel Delcroix | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

01/05/2016

Marathon Photo - Opus 18 -> " Vitrine "

Marathon Photo 2016 - OPUS 18.

Avec ce 18e opus, c’est le mot « VITRINE » qui est proposé.

Pour l’illustrer, j’ai choisi une photographie que Luigi Ghirri réalisa en 1972 quelque part en Italie.

ghirri pompiste.jpg

La vitrine, c’est un espace séparé d’un autre par une surface transparente le plus souvent en verre.

La vitrine, c’est un espace dans lequel un agencement est proposé, un espace qui permet de voir le dedans à partir du dehors mais aussi, s’il s’agit par exemple de celle d’un magasin, de voir le dehors à partir du dedans.

Dans le cas qui nous occupe, la vitrine est organisée en cabine et dans l’espace vitré et carré tout un agencement est proposé et se présente comme un cadre à l’intérieur du cadre.
C’est net, propre et limpide.
A lui seul, ce cadre pourrait fonctionner de manière autonome.

S’il me fallait établir un top 10 des photographes qui me touchent le plus Luigi Ghirri en ferait assurément partie.

En 2011 à Venise, lors de la Biennale d’Art Contemporain, j’ai eu l’immense privilège de pouvoir admirer dans le pavillon italien ses « Kodachromes » merveilleux ; de tout petits tirages de la taille d’une carte postale. De toutes les expositions de photographies que j’ai vues, celle-là restera gravée à tout jamais dans ma mémoire.

Lorsqu’on ouvre la page Wikipédia qui lui est consacrée on est surpris par sa brièveté.
Dans cette page où il est indiqué qu’il est né en 1943 et mort en 1992 à l’âge de 49 ans seulement, une courte phrase le défini comme « Un photographe adepte du vide habité ».
C’est parfaitement résumé et à la limite cela pourrait suffire.

Luigi Ghirri était modeste et à ceux qui lui disaient qu’il était un génie, il répondait « Allons donc ».

En flâneur solitaire il a exploré paysages, villes et villages italiens et tenté de capter l’ineffable beauté qui pouvait s’en dégager.

C’est un photographe de la couleur.
Un sensible qui perçait la banalité du quotidien et la comprenait. Un précurseur, un artiste-témoin très important dans l’histoire de la photographie de la seconde moitié du 20e siècle dans le sens où son œuvre toute entière s’est concentrée sur l’idée de proposer à partir d’une réalité d’apparence insignifiante une vision transcendée voire sublimée.

De ses images il se dégage un net sentiment de solitude mais il ne s’agit pas d’une solitude triste, il est plutôt question de silence et de contemplation, de nostalgie sans doute et de joie aussi.

Sous des apparences plutôt classiques et dans une écriture très personnelle, il a tenté tout au long de sa courte carrière de créer une grammaire des lieux, des détails, des personnes. Par un travail minutieux tout en finesse et une approche souvent inattendue mais toujours poétique, il a su proposer à notre regard sa propre « recherche du temps perdu » ; ce quelque chose d’irrémédiablement perdu et qui provoque ou procure cette tristesse teintée de joie qu’on pourrait qualifier de douce mélancolie.

Avec Saul Leiter, William Eggleston, Harry Gruyaert et quelques autres il fait partie de ces immenses artistes qui ont su à partir d’un travail réalisé principalement dans la rue porter la photographie couleur à ses sommets.

L’équilibre qui apparaît dans ses photographies est très impressionnant.

Un célèbre critique d’art italien à relevé que le nombre trois apparaissait très régulièrement dans ses photographies. Trois, c’est le nombre parfait, la trilogie, le nombre d’or. En italien, digne héritier du quattrocento, il était très attentif à sa composition. Je me suis penché sur ses images et j’ai constaté qu’en effet celles-ci sont souvent divisées en trois parties.
Toujours disposés pile à l’endroit où il fallait qu’ils soient ; trois personnage apparaissent, trois cercles, trois portes, trois voitures, trois affiches etc.

Dans La photographie de la petite station d’essence qui est présentée pour illustrer le mot du marathon, on peut relever ce nombre à plusieurs reprises. Je vous laisse le loisir de le retrouver…

Voici l’homme, son travail et son lieu de travail, son chien, son journal et son thermos de café. Une cabine frappée d’un cheval ailé et sur la pompe le mot « Miscela » c’est à dire mélange.
Un peu de tout me direz-vous…
Certes mais surtout pas n’importe comment !

Une attaque frontale, très maîtrisée, nette, propice à la description.
Une lumière adéquate, des couleurs et un cadrage « nickel ».

La démarche était d’évoquer la beauté qui se cache derrière l’ordinaire, le banal…
L’objectif est atteint, il me semble.
Je ne sais pas vous mais moi, je suis sous le charme

01:39 Écrit par Samuel Delcroix | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook |