01/05/2016

Marathon Photo - Opus 18 -> " Vitrine "

Marathon Photo 2016 - OPUS 18.

Avec ce 18e opus, c’est le mot « VITRINE » qui est proposé.

Pour l’illustrer, j’ai choisi une photographie que Luigi Ghirri réalisa en 1972 quelque part en Italie.

ghirri pompiste.jpg

La vitrine, c’est un espace séparé d’un autre par une surface transparente le plus souvent en verre.

La vitrine, c’est un espace dans lequel un agencement est proposé, un espace qui permet de voir le dedans à partir du dehors mais aussi, s’il s’agit par exemple de celle d’un magasin, de voir le dehors à partir du dedans.

Dans le cas qui nous occupe, la vitrine est organisée en cabine et dans l’espace vitré et carré tout un agencement est proposé et se présente comme un cadre à l’intérieur du cadre.
C’est net, propre et limpide.
A lui seul, ce cadre pourrait fonctionner de manière autonome.

S’il me fallait établir un top 10 des photographes qui me touchent le plus Luigi Ghirri en ferait assurément partie.

En 2011 à Venise, lors de la Biennale d’Art Contemporain, j’ai eu l’immense privilège de pouvoir admirer dans le pavillon italien ses « Kodachromes » merveilleux ; de tout petits tirages de la taille d’une carte postale. De toutes les expositions de photographies que j’ai vues, celle-là restera gravée à tout jamais dans ma mémoire.

Lorsqu’on ouvre la page Wikipédia qui lui est consacrée on est surpris par sa brièveté.
Dans cette page où il est indiqué qu’il est né en 1943 et mort en 1992 à l’âge de 49 ans seulement, une courte phrase le défini comme « Un photographe adepte du vide habité ».
C’est parfaitement résumé et à la limite cela pourrait suffire.

Luigi Ghirri était modeste et à ceux qui lui disaient qu’il était un génie, il répondait « Allons donc ».

En flâneur solitaire il a exploré paysages, villes et villages italiens et tenté de capter l’ineffable beauté qui pouvait s’en dégager.

C’est un photographe de la couleur.
Un sensible qui perçait la banalité du quotidien et la comprenait. Un précurseur, un artiste-témoin très important dans l’histoire de la photographie de la seconde moitié du 20e siècle dans le sens où son œuvre toute entière s’est concentrée sur l’idée de proposer à partir d’une réalité d’apparence insignifiante une vision transcendée voire sublimée.

De ses images il se dégage un net sentiment de solitude mais il ne s’agit pas d’une solitude triste, il est plutôt question de silence et de contemplation, de nostalgie sans doute et de joie aussi.

Sous des apparences plutôt classiques et dans une écriture très personnelle, il a tenté tout au long de sa courte carrière de créer une grammaire des lieux, des détails, des personnes. Par un travail minutieux tout en finesse et une approche souvent inattendue mais toujours poétique, il a su proposer à notre regard sa propre « recherche du temps perdu » ; ce quelque chose d’irrémédiablement perdu et qui provoque ou procure cette tristesse teintée de joie qu’on pourrait qualifier de douce mélancolie.

Avec Saul Leiter, William Eggleston, Harry Gruyaert et quelques autres il fait partie de ces immenses artistes qui ont su à partir d’un travail réalisé principalement dans la rue porter la photographie couleur à ses sommets.

L’équilibre qui apparaît dans ses photographies est très impressionnant.

Un célèbre critique d’art italien à relevé que le nombre trois apparaissait très régulièrement dans ses photographies. Trois, c’est le nombre parfait, la trilogie, le nombre d’or. En italien, digne héritier du quattrocento, il était très attentif à sa composition. Je me suis penché sur ses images et j’ai constaté qu’en effet celles-ci sont souvent divisées en trois parties.
Toujours disposés pile à l’endroit où il fallait qu’ils soient ; trois personnage apparaissent, trois cercles, trois portes, trois voitures, trois affiches etc.

Dans La photographie de la petite station d’essence qui est présentée pour illustrer le mot du marathon, on peut relever ce nombre à plusieurs reprises. Je vous laisse le loisir de le retrouver…

Voici l’homme, son travail et son lieu de travail, son chien, son journal et son thermos de café. Une cabine frappée d’un cheval ailé et sur la pompe le mot « Miscela » c’est à dire mélange.
Un peu de tout me direz-vous…
Certes mais surtout pas n’importe comment !

Une attaque frontale, très maîtrisée, nette, propice à la description.
Une lumière adéquate, des couleurs et un cadrage « nickel ».

La démarche était d’évoquer la beauté qui se cache derrière l’ordinaire, le banal…
L’objectif est atteint, il me semble.
Je ne sais pas vous mais moi, je suis sous le charme

01:39 Écrit par Samuel Delcroix | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook |

Commentaires

Je découvre chez ce photographe quelque-chose du peintre Edward Hopper: la fascination pour un (ou des) personnage(s) derrière des vitres (voir https://fr.wikipedia.org/wiki/Nighthawks ), ou encore la solitude montrée dans un lieu de rencontre ou de passage tel une pompe à essence (voir http://www.wikiart.org/en/edward-hopper/gas )...

Souvenir d'enfance? Edward Hopper expose à la Biennale de Venise en 1952 avec deux autres concitoyens.

En tout cas c'est une photo qui me parle. Bon weekend!

Écrit par : Eric | 01/05/2016

Parfaitement vu Eric ! ÉDOUARD HOPPER est un peintre admirable. Si vous connaissez le grand photographe GREGORY CREWDSON vous serez aussi d'accord qu'on peut faire le lien avec ce grand peintre qui a marqué l'histoire de l'art du 20 e siècle. Bon dimanche

Écrit par : Samuel | 01/05/2016

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