17/04/2016

Marathon Photo - Opus 16 -> " TOIT "

Cette semaine, avec le mot « Toit » le marathon prend de la hauteur et pour l’illustrer j’ai choisi une image que René Burri, photographe suisse, réalisa à Sao Polo en 1960.

René Burri Sao Polo .jpg

C’est une image divisée en trois plans/espaces.
Elle nous présente dans une vue plongeante sur une métropole animée, d’un côté un groupe de personnages déambulant dans un espace inhabituel et de l’autre, en contrebas des véhicules automobiles occupant toute la largeur d’une large avenue. Entre les deux, une zone grise composée d’aplats rectilignes et impersonnels troués par de nombreuses fenêtres aveugles.

La portée symbolique de l’image est forte.
Les piétons, faute de place, ont-ils été obligés de se réfugier sur le toit d’un immeuble pour prendre l’air et/ou s’adonner au plaisir de la marche ?
René Burri les replace dans l’espace urbain déshumanisé et dans cette immensité, Il réussi le difficile pari de les isoler par rapport à l’animation, le désordre, le bruit qu’ils ont peut-être fui.
En leur réservant une place de choix, en pleine lumière, dans son plan large appelé « d’ensemble », il donne sur le groupe un coup de projecteur et ainsi toute l’importance qui leur revient…

René Burri raconte que lorsqu’il était enfant, lors des randonnées dans les Alpes il se sentait à l’étroit et il éprouvait le besoin de se détacher du groupe pour se précipiter au sommet.
On verra, si on se penche un peu sur ses images qu’il affectionnait tout particulièrement les cadrages plongeants.

Loin de son pays natal, c’est d’un sommet qu’il prend cette image de Sao Polo.
En homme de terrain, il s’adapte. Photographe itinérant par excellence, d’une curiosité insatiable, il a une réelle volonté de connaître et de raconter. Sa « signature » c’est l’élégance, l’harmonie, l’atmosphère, une capacité unique à récréer l’espace et sa géométrie.

Il s’est rendu dans tous les endroits « chauds » de la planète, comme un vrai photojournaliste.
En homme sensible, ses images -même celles qui renvoient à des événements tragiques- ne montrent jamais de cadavres; c’est toujours le vivant qui prédomine.

Il affirme : « Lorsqu'on parvient vraiment à capter la vibration du vivant, alors on peut parler d'une bonne photographie ».

Contrairement à son mentor Henry Cartier-Bresson qui capte « l'instant décisif », il se défend et affirme qu’il préfère le travail sur le long terme mais il ajoute avec humour, comme pour contrebalancer son propos : « Les images sont comme des taxis aux heures de pointe, si l’on n’est pas assez rapide, c’est un autre qui les prend ». Une manière comme une autre de dire qu’il faut être là, toujours prêt à agir « sur le vif ».

C’est aussi un grand portraitiste. Des célébrités comme Pablo Picasso, Alberto Gioacometti, Le Corbusier et j’en passe, se sont retrouvées sous son regard bienveillant et on oublie souvent que c’est lui qui réalisa en 1963 le portrait connu mondialement d’Ernesto Che Guevara, l’immortel.

Né à Zurich en 1933, René Burri a rejoint l’Agence Magnum en 1955. Il a travaillé pour de nombreux magazines dont le célèbre Life Magazine. En 1991, il est élevé au grade ce Chevalier dans l’ordre des arts et des lettres.
En 2005, la Maison européenne de la photographie lui a consacré une grande exposition rétrospective.
Il est mort à Zurich le 20 octobre 2014.

Avec ce nouveau mot, le marathon propose un lieu, une voie, un point de vue …
Gageons que vous pourrez proposer une image à la hauteur de ce beau mot qu’est le mot « TOIT ».

00:52 Écrit par Samuel Delcroix | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

Les commentaires sont fermés.