09/04/2016

Marathon Photo - Opus 15 --> " LUNETTE(S) "

Etant en vacances, j’avais pensé mettre le marathon en pause pour une semaine mais ma conscience professionnelle et mon amour immodéré pour la photographie m’ont ramené à la raison.

J’avais pourtant une très bonne raison; mon chapeau était resté à la maison.

Durant cette semaine sans chapeau, ma mémoire fonctionnait cependant et un mot de ma liste me revenait à l’esprit de manière récurrente.

J’ai donc décidé de le proposer pour ce quinzième opus.

C’est le mot « Lunette(s) ».

Je l’indique au singulier et au pluriel car il a plus d’un sens selon qu’on l’emploie dans une forme ou dans l’autre.

Au singulier, la lunette c’est celle que Galilée avait appelée « d’approche » et qu’il offrit au Doge de Venise en 1609 après en avoir fait la démonstration du haut du Campanile de la Place Saint-Marc.
C’est celle que l’on utilise au théâtre ou à l’opéra pour voir la scène « de près ».
C’est un élément d’architecture ; une petite voute en berceau qui vient s’encastrer dans une plus grande. C’est aussi celle sur laquelle on s’assoit ; un sens comme un autre mais sur lequel je ne m’étendrai pas…

Au pluriel, les lunettes fonctionnent par paires. C’est un objet de la vie quotidienne. Tout le monde ou presque en a. On les utilise pour se protéger du soleil. On s’en sert comme d’une béquille quand l’âge avançant, les yeux s’affaiblissent. On peine à s’en séparer quand on change de monture. Elles finissent au fond des tiroirs…

Bref, c’est ce dernier sens que j’ai privilégié et pour l’illustrer j’ai choisi une photographie de Victor Keppler réalisée il y a près d’un siècle (1918).

Victor Keppler Glasses.jpg

Victor Keppler était un photographe qui travaillait sur commande.
De cette image, on ne sait pas grand-chose. Elle est souvent injustement attribuée à Cecil Beaton.
A-t-elle été réalisée dans un but commercial ? Etait-ce une commande pour un opticien ? On ne sait pas.

Très épurée, elle joue sur les formes répétitives, la transparence, les ombres…
Le cadrage serré qui coupe les objets de toutes parts suggère l’idée d’un hors champs dans lequel le motif se répèterait à l’infini. Graphique, elle se présente comme un dessin en noir sur fond blanc composé uniquement de lignes courbes ; sorte d’entrelacs qui suggèrent l’ébauche de visages.
A bien y regarder et à la condition d’être très imaginatif on aperçoit le dessin d’un nez formé par les ombres des branches…
Personnellement j’ai une imagination débordante ; je vois apparaître les lunettes et le visage de Groucho Marx, le célèbre acteur et réalisateur des années 20 !

J’aime beaucoup l’idée d’exhumer du passé un nom à peu près inconnu et/ou oublié.

Si on se penche sur l’histoire de la photographie, le nom de Victor Keppler n’apparaît pratiquement jamais.

Pourtant Victor Keppler fut l’un des tout premiers photographes publicitaires. Très productif en son temps il réalisa pour de grandes marques (Camel & Heinz entres autres) des photographies qui se présentent aujourd’hui comme des références en la matière. Il avait un style propre à lui et une très grande maîtrise de la lumière doublé d’un véritable sens de la couleur.

Devenu indépendant dans les années 20, il travailla pour de très grandes agences publicitaires.
Reconnu comme le meilleur de son temps en photographie commerciale de studio il fut propulsé au devant de la scène en réalisant les couvertures de magazine célèbres.

Précurseur, c’est lui qui le premier publia une photographie de couverture de magazine en couleur avec le procédé « Carbro » (procédé très complexe d’impression trichrome qui garantit à l’image une durabilité de plusieurs siècles).

En 1961, il fonda une école de photographie à Wesport (Connecticut).

Auteur, il publia des livres dont l’un « Le Huitième art – Une vie de photographie couleur » (toujours pas traduit en français) est très reconnu outre atlantique.

Il meurt en 1987 à Manhattan à l’âge de 83 ans.

Bref, cette image toute simple nous ramène un siècle en arrière et nous rappelle que l’histoire de la photographie quelle que soit la piste qu’elle emprunte est riche et passionnante.

Gageons que vous saurez vous inspirer d’elle et donner à votre tour de cet objet « ordinaire » une image originale et interpellante.

23:38 Écrit par Samuel Delcroix | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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