03/04/2016

Marathon Photo - Opus 14 -> " Manège "

Marathon photo OPUS 14 « MANÈGE ».

Quand le mot est sorti du chapeau, j’ai pensé qu’il tombait parfaitement à pic car je souhaitais que le marathon emprunte une piste réjouissante.
Les événements récents nous ont bouleversés !
Je voulais un peu de paix et de joie, pour rebondir…

Quand le mot « MANÈGE » est sorti du chapeau, c’est une images d’Izis (de son vrai nom Israëlis Bidermanas) qui s’imposa directement à moi.

Il s’agit de l’image en noir et blanc d’un manège/carrousel de chevaux de bois qu’il réalisa au jardin des tuileries à Paris dans les années 50.

Izis_jardintuileries_manège.jpg

Que dire ?
Une lumière, un cadrage parfaits sur un manège à l’arrêt et comme figé dans le froid glacé et la lumière hivernale d’un parc enneigé.
Une délicatesse toute mélancolique qui nous surprend, nous attendris.
Les chevaux suspendus semblent joyeux ; regroupés et à peu près tous détachés les uns des autres, ils flottent de toutes leurs pattes, ils prennent la pose devant les yeux émerveillés du photographe.

Izis était un photographe-poète, un rêveur. Pour Jacques Prévert il était « le colporteur d’images », le doux capteur des instants, le tendre témoin des émotions fugitives.

Timide mais patient, il a mis beaucoup de temps pour pouvoir et savoir s’approcher des gens, sans déranger et sans se faire remarquer.
Avec son appareil photographique Il allait là où il ne se passe rien, il restait aux aguets, les gens ne le voyaient pas car il faisait partie du décor.

Doit-on s’intéresser à son histoire pour mieux comprendre sa démarche ?
Peut-être…
Lituanien d’origine juive, fuyant les pogroms et l’antisémitisme virulent, il s’enfuit et se réfugie en France.
On est en 1930, il a 20 ans.
Sans papier, sans contact, sans connaître un seul mot de français il se retrouve à Paris et vit dans la rue en clandestin.
Il rêvait d’être peintre, mais la réalité l’obligera à se contenter de petits boulots et notamment de retoucheur dans des laboratoires de photographes.

En 1940 la peste nazie envahit la France, il doit s’enfuir.
Ses parents, restés en Lituanie sont assassinés, victimes de la shoah. Son frère meurt dans le ghetto de Shaunas.
Arrêté par la gestapo, il est torturé.
C’est la résistance qui le libère et tout naturellement, il rejoint le maquis et photographie ses amis de lutte.
Après la guerre, ce sont ces mêmes amis qui lui rendent hommage et qui le font enfin un peu connaitre.

Son fils parle de lui ainsi : « C’était un homme angoissé, hanté par son passé, sans doute désespéré mais pas amer, capable de voir ce qui est beau, d’avoir l’humour d’un pitre… »

Au fil du temps, il s’est forgé un monde à lui en dehors du monde féroce, une tanière contre la violence et la bêtise.

Aux côtés d’Edouard Boubat, Willy Ronis, Robert Doisneau, on le considère aujourd’hui comme un digne représentant de la photographie humaniste.

En 1949, il entre à Paris-Match pour le premier numéro du journal.

D’emblée, il surprend pas son style. Ses patrons s’étonnent car ce ne sont pas les événements qu’il photographie mais les détails de la vie. Ses confrères se moquent de lui en l’appelant « Le spécialiste de l’endroit où il ne se passe rien ».

Qu’importe !

Il vit, il est sur son nuage et il a ce petit côté attachant qui fait qu’on ne peut se passer de lui.
La collaboration avec le journal va durer 20 ans.

Il voulait, puisqu’il était un survivant, simplement prendre le temps de rêver, de respirer la beauté d’un instant, l’indicible qui passe entre les êtres et les choses.

00:11 Écrit par Samuel Delcroix | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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