28/03/2016

Marathon Photo - Opus 13 -> " FENÊTRE "

Pour cette 13e semaine, c'est le mot "FENÊTRE" qui est sorti du chapeau.

Pour illustrer ce nouveau mot, j’ai trouvé cette image qu’Harry Gruyaert (photographe belge né en 1941) réalisa au Musée des Beaux-Arts de Bruxelles en 1981 lors de la grande rétrospective autour de l’œuvre du peintre surréaliste belge René Magritte.

HG_FENETRE.jpg

Harry Gruyaert photographie les couleurs.

C’est sa façon de percevoir le monde. Il est allé à sa rencontre, en Belgique évidemment mais aussi dans des tas d’autres pays.

C’est à l’âge de 20 ans qu’il décide que la photographie sera son moyen d’expression. La décennie qui l’a précédé a élevé la photographie au rang d’art en nuances de gris. La photo couleur est réservée à la presse, la mode, la publicité…

Qu'à cela ne tienne !

Dans la foulée de William Eggleston et Saul Leiter (ses modèles) il va proposer une approche personnelle, une perception narrative, non émotive et radicalement graphique ; un véritable (et nouveau) territoire pour la couleur.

D’emblée, il choisi de se couler auprès du sujet, sans rien troubler des situations. Il pratique l’effacement et en cela il rejoint la démarche d’Henry Cartier Bresson et sa « furtivité » légendaire.

On ne dira jamais assez l’importante que revêt la couleur dans son œuvre.

Les lignes franches, les grands aplats noirs qui tranchent sur des ocres aveuglantes, des rouges flamboyants, des bleus pâles, des verts fluorescents etc. participent activement à l’équilibre de ses compositions. La lumière, à la fois violente et tendre, aveuglante, abstraite et sensuelle joue un rôle fondamental dans le rendu « global ».

« Devant une photographie en noir et blanc on a davantage envie de comprendre ce qui se passe entre les personnages. Avec la couleur on doit être immédiatement affecté par les différents tons qui s’expriment dans la situation… »

Tout en refusant de céder au dogme de la construction réglée qui vient de la renaissance, Il déploie des lignes de force et parvient à donner à chaque partie de ses images un poids égal.

Dans ses images, tout compte !

Il s’explique : « Je suis intéressé pas la banalité du quotidien, les objets autant que les humains » et aussi « une fusion dans laquelle les habitants sont mêlés au paysage dans une harmonie de formes et de couleurs… ».

Les photographies d’Harry Gruyaert sont autonomes et se suffisent à elles-mêmes. Très éloignées du photojournalisme, elles échappent à toute logique thématique et/ou géographique.

Malgré ce "handicap" il rejoindra la prestigieuse agence Magnum en 1982 !

Pour illustrer le nouveau mot, j’ai choisi une image « belge » car c’est en Belgique, son pays natal qu’il a réalisé une part importante de son œuvre.

Dans cette image réalisée au musée ce n’est pourtant pas tellement la couleur qui importe, c’est surtout l’atmosphère.

Deux personnages vêtus de noir semblent recueillis devant un tableau représentant des fenêtres dont l’une est entrouverte sur l’obscurité la plus totale. L’objet (le tableau) tout d’un coup nous apparaît comme une dépouille.

Ce qu’ils observent ce n’est plus le jour, c’est son illusion.

En ces jours noirs qui endeuillent notre pays cette représentation est très troublante. Nous renvoie-t-elle l’image d’un monde dans lequel nous sommes ?

Quelles drôles de fenêtres que celles-ci !

23:53 Écrit par Samuel Delcroix | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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