20/03/2016

Marathon Photo - Opus 12 -> " ENFANCE "

Marathon Photo OPUS 12.

Pour ce 12e opus, c’est le mot « ENFANCE » qui est sorti du chapeau et pour l’illustrer j’ai choisi la photographie du petit Rémi ; l’enfant au coquillage réalisée en 1955 par Edouard Boubat.

Boubat_Enfance.jpg

Caractériser l’enfance en une photographie voilà qui n’est pas facile.
Il faudra pourtant s’y coller si on veut se montrer exigeant face à ce défi !

Des photographies d’enfants il en existe probablement des milliards.
Les enfants sont précieux ; on les vénère.

Souvenirs de naissance, premiers pas, anniversaires, communions, vacances, fêtes scolaires sont autant de prétextes pour immortaliser chaque étape de leur vie.
Les photographies d’enfants peuplent les albums, trônent sur les bureaux et les meubles, garnissent les murs des maisons. On les transporte avec soi dans les portefeuilles, on les affiche sur les écrans des smartphones et des ordinateurs, on les distribue dans les familles, on les partage sur les réseaux sociaux...
Elles nous accompagnent partout où nous allons, elles nous suivent tout au long de notre vie.
Elles nous rassurent, nous rapprochent, nous rappellent que nous sommes vivants et que nous perpétuons la vie,

Pour la plupart, les photos d’enfants sont faites pour ne rester que dans le cercle familial ou amical.
Une fois sorties de ce cercle intime, elles n’intéressent à peu près plus personne.
C’est normal.
Qu’aurait on à faire de la photographie d’un enfant inconnu qui soufflent les bougies de son gâteau d’anniversaire alors que nous avons déjà la même (en mieux) de nôtre propre enfant qui souffle les siennes ?

Il y a évidemment des exceptions, mais en règle générale, les images qui ont valeurs de souvenirs n’ont que peu ou pas de valeur artistique. Nous nous satisfaisons du plaisir que nous éprouvons en les regardant car elles représentent ce qui probablement est ce que nous chérissons le plus au monde !
C’est ainsi et c’est bien.
Loin de moi l’idée de critiquer et/ou de mépriser la pratique qui consiste à immortaliser les siens.
Leur prétention est ailleurs, c’est tout à leur honneur et ça ne leur retire rien…

Qui était le petit Rémi, l’enfant au coquillage ?
Ce n’est pas notre enfant mais pourtant l’image nous parle.
Où se situe la différence entre cette image et les autres, les milliards d’autres qui ne nous intéressent pas ?
La question ne se pose pas car la réponse saute aux yeux.
C’est l’Enfant !
C’est vous, c’est moi, c’est nous.
Qui de nous (enfant) n’a jamais collé son oreille à un coquillage et fermé les yeux pour se retrouver au bord d’une plage et écouter le bruit des vagues et du vent ?

Cet instantané de la vie d’un enfant inconnu, c’est un miroir qui reflète tout simplement un moment donné de la vie, un moment familier connu de tous…
Il a une portée universelle.
N’importe qui peut le comprendre.

En une seule image et dans un doux dépouillement qui surprend, Edouard Boubat a réussi à restituer un monde d’enfance. Un monde dans lequel le petit Rémi est plongé et dans lequel nous plongeons à sa suite.

En 1996 Edouard Boubat disait :

« La photo c'est un instant de lumière, un moment où les personnages ont été devant nous.
Je ne me pose pas la question de savoir si une photo est bonne ou mauvaise.
Ce qui est important c'est qu'il y ait un "élan".
Que je saisisse quelque chose à la prise de vue et que je sois saisi après par cette chose. Le plus important dans une photo, c'est donc qu'elle crève les yeux.
Qu'elle soit techniquement bonne ou mauvaise n'est alors pas si important.
Ce n'est pas l'appareil qui fait la photo, c’est l'œil »

Pour l’anecdote (un peu technique, je m’en excuse) je me souviens qu’il disait n’avoir jamais voulu travailler qu’avec un seul objectif : Celui dont l’angle de champs se rapproche le plus de la vision humaine, celui que l’on appelle « Le normal » et qu’il considérait comme le prolongement de son œil.

Dire qu’Edouard Boubat avait l’œil serait une lapalissade insupportable.
Je m’en garderai bien.

Il savait voir car il posait sur son sujet un regard bienveillant.

En plus d’avoir bon œil il avait l’œil bon…

01:20 Écrit par Samuel Delcroix | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

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Écrit par : Laurie | 20/03/2016

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