13/03/2016

Marathon Photo - Opus 11 -> " Belgique "

Pour cet onzième opus, c’est le mot « BELGIQUE » qui est sorti du chapeau et pour l’illustrer j’ai choisi une photographie de Nicolas Bomal.

C’est une image tirée d’une série avec laquelle il remporta à juste titre le 1er Prix National de la 14e Photographie ouverte du Musée de la Photographie de Charleroi en 2003.

Friterie.jpg

Caractériser la Belgique en une image n’est pas facile. On peut vite tomber dans le cliché facile. Le piège est tendu.

Un drapeau par exemple, planté à peu près n’importe où dans n’importe quoi pourrait faire l’affaire mais ce n’est pas ce que l’on attend dans ce marathon, vous l’aurez deviné.

On attend plus de subtilité, moins d’anecdotique, un peu d’originalité…

Du sublime !

L’idée de la Belgique c’est avant toute chose un état d’esprit que seuls (ou à peu près) les belges peuvent comprendre. Notre merveilleux petit pays est peuplé de gens simples, plein de talents qui ne se prennent jamais vraiment au sérieux, qui ont un humour bien à eux et des us et coutumes que nos voisins ne comprennent pas toujours.

Ces bons voisins nous appellent souvent « les petits belges » alors qu’en réalité, nous ne sommes pas plus petits qu’eux, nous appartenons seulement à un plus petit pays que le leur.

Nous avons notre identité, nos qualités, nos défauts comme tout un chacun.

Modestement nous sommes fiers (sans doute) et jamais (ou presque) nous ne nous mettons en avant. Notre modestie est légendaire.

C’est ce qui fait notre charme.

Bref, pour illustrer le mot du marathon, j’ai choisi une image qui ne paie pas de mine mais qui a un double mérite : elle caractérise parfaitement notre pays et elle se présente à nous avec des qualités plastiques indéniables. Elle est bien construite ; formes et couleurs s’articulent entre elles de manière harmonieuse.

C’est comme on dit « une baraque à frites » dans un village de Wallonie.

Un lieu ordinaire dans un cadre banal que l’auteur de l’image a traité avec beaucoup de respect, comme s’il s’agissait d’une œuvre architecturale remarquable.

Elle a trouvé sa place entre deux maisons de rangées reliées entre elle par des câbles électriques. On voit derrière elle la pointe d’un clocher et d’une part, une porte complètement déglinguée puis de l’autre un passage latéral qui donne accès à une modeste arrière-cour.

Le propriétaire de l’établissement, soucieux du bien-être de sa clientèle a eu la bonne idée de prévoir un espace couvert pour l’abriter en assemblant entre eux panneaux en bois surmontés de baies vitrées et toiture en tôles. La porte est ouverte, le lieu à l’air convivial, on papote en attendant son tour, une affiche annonce une brocante dans les jours qui viennent…

Touchante, elle raconte la simplicité de la vie quotidienne au village.

Le cadrage est frontal, rigoureux, sans effet ni fioritures.

Réalisée à la chambre d’atelier, en argentique elle est comme le dirait un certain Walker Evans « documentaire dans son style ».

Elle peut assurément être associée à ce mouvement photographique que l’on appelle « Le Nouveau Réalisme ».

Apparu dans le milieu des années 60, ce mouvement voulait se démarquer en s'opposant aux tendances artistiques lyriques et abstraites de l'époque et en proposant une figuration objective. Le néo-réalisme s’inscrit comme l’un des mouvements d’avant-garde les plus importants de la décennie. Par leurs œuvres les artistes néo-réalistes participent chacun à leur manière (qu’ils soient photographes, peintres, sculpteurs etc.) à l’un des concepts les plus importants du Nouveau Réalisme : la perception de l’objet ou du lieu usuel comme d’un matériau d’œuvre d’art.

A l’opposé de leurs homologues (peintres, sculpteurs…) qui préconisaient de ne pas tomber pour autant dans le piège de la figuration, connotée, petite-bourgeoise etc. les photographes vont au contraire proposer une vision ancrée directement dans le réel. C’est pour eux une manière de retourner à la réalité, une nouvelle approche caractérisée par le regard « neutre » à la frontière de la photographie purement documentaire  

Ces artistes/photographes attachants rechignent à séduire avec des artifices de composition et ne prétendent rien faire d’autre que témoigner, rendre compte, documenter une certaine réalité en se ré-appropriant les codes du réel pour en donner une vision personnelle « objective ».

Le sujet de la photographie proposée caractérise plutôt bien le mot du marathon dans le sens où la frite c’est un peu l’emblème de notre pays.

A l’exposition Universelle de Milan en 2015, j’ai visité le pavillon belge comme il se doit et que présentait-on en tout premier lieu ? Je vous le donne en mille : LES FRITES !

Venaient ensuite le chocolat, les moules, la bière…

Mais que faisaient surtout les visiteurs venus de tout pays et continents qui se pressaient à l’entrée du pavillon : La file pour recevoir le précieux cornet !

Gageons que ce nouveau mot vous inspire et ne vous laisse circonspects…

 

01:11 Écrit par Samuel Delcroix | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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