05/03/2016

Marathon Photo - Opus 10 -> " MAIN "

Nous voici arrivés au 10e opus de ce marathon.

Si je voulais faire un raccourci un peu facile ou un mauvais jeu de mots, je dirais que pour celui-ci j’ai eu la main heureuse.

C’est le mot « MAIN » que j’ai tiré de mon chapeau et pour l’illustrer j’ai choisi la très touchante photographie d’Alexandra Boulat réalisée en 2001 au Pakistan.

alexandra-boulat MAINS-23.jpg

Née le en 1962, Alexandra Boulat est décédée le 05 octobre 2007 à Paris à l’âge de 47 ans des suites d’une hémorragie cérébrale.

Etrange destin que celui-là, elle qui a parcouru le monde, s’est exposée dans des territoires de guerre et qui a flirté avec la mort durant plus de 20 ans !

Alexandra Boulat est une photographe française connue pour son travail sur les zones de guerre. Photojournaliste de réputation internationale, elle a couvert la plupart des conflits des vingt dernières années en ex-Yougoslavie, au proche et Moyen-Orient.

Ce que l’on voit dans cette image intimiste ce sont les mains d’une femme anonyme qui émergent du milieu d’un groupe de femmes voilées et qui s’offrent au regard en s’élevant vers le ciel.

Impossible de dire où se déroule l’action.
Elles sortent de nulle part.
Ce pourrait être partout.

Le message qu’elles véhiculent est universel, tout le monde peut le comprendre ; elles expriment la souffrance, la supplication pour que cesse la souffrance. Elles ressemblent à n’importe quelles mains. Ce pourrait être les nôtres…

Dans la solitude de la prière (ce très mince espace de parole) elles sont comme un livre ouvert, une coupe présentée humblement comme une offrande et qui attend une bénédiction en retour.

Les femmes souvent ne peuvent parler.
Elles doivent se cacher derrière leurs voiles et partout, des Balkans à l’Afghanistan, du Pakistan à l’Irak, de la Syrie ou de l’Irak à la Palestine etc. elles vivent des drames et dans ces terres de conflits, Alexandra Boulat a réussit à immortaliser les détails, ces toutes petites choses qui racontent les souffrances au quotidien sans jamais montrer une seule arme.

Elle a toujours été de leur côté. Dans son travail de photojournaliste elle a été leur porte-parole.
Elle les a observées de très près, écoutées attentivement et a posé sur elles un regard bienveillant.
Elle a su raconter la guerre avec lucidité et honnêteté et en faire sentir tout le poids sans jamais succomber au sensationnalisme.

Le photojournalisme était au cœur de sa vie elle lui a donné le meilleur d’elle-même. Son propos n’était pas de construire une œuvre mais de raconteur aux autres, le monde tel qu’elle le voyait, avec ses illusions et ses désillusions…

Le travail du photographe journaliste c’est aussi celui là : S’exprimer au nom de celles et ceux pour qui ce droit fondamental est proscrit.

Alexandra Boulat laisse derrière elle une somme considérable, un témoignage poignant qui bouscule, provoque en nous la réflexion et réveille notre sensibilité.

23:47 Écrit par Samuel Delcroix | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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