20/02/2016

Marathon Photo - Opus 8 -> " Musique "

Marathon photo - Opus 8

Pour cette huitième semaine et en cette période de festival autour du film d’Amour (où l’on met notamment à l’honneur de grands compositeurs) je veux proposer un mot qui je l’espère rajoutera encore un peu de joie…

De ma liste j’ai tiré le mot « MUSIQUE » et pour l’illustrer la très belle photographie de Yousuf Karsh qu’il réalisa en 1954 à l’Abbaye de Saint-Michel de Cuxa.

pablo casal.png

On découvre un personnage assis de dos qui joue de son instrument. Il s’agit de l’un des plus grands violoncellistes du XXe siècle : Pablo Casals.

Pour l’anecdote ; hier soir lors du gala d’ouverture du Festival International du Film d’Amour au Théâtre Royal de Mons j’ai été frappé par la ressemblance entre Vladimir Cosma (à qui on rendait hommage) et Pablo Casals. Ce n’était pas que physique, le style y était aussi !
En choisissant ce mot, et sans m’en rendre vraiment compte, je leur rendait hommage à l’un et l’autre.

C’est une image empreinte de sérénité et d’une très grande douceur.
On y voit le musicien en communion avec son instrument.
Il baigne dans une lumière en contrejour qui, tombant sur lui d’une petite lucarne à peine esquissée, semble là comme une auditrice attentive et respectueuse.

La lumière et la musique se sont données un rendez-vous.
On a le sentiment qu’un dialogue est engagé.

Yousuf Karsh a eu le bon reflexe en élargissant le cadre pour donner de la place à cette petite lucarne car elle joue un rôle fondamental à la fois dans l’équilibre de la composition mais aussi et surtout parce qu’elle participe activement au bon rendu de l’atmosphère qui règne dans ce petit coin de la chapelle.

Le bras du musicien est levé, l’archet est en action, la volute du violoncelle est posée sur son épaule. Sans les voir on sent les doigts sur les cordes. On devine le frottement des crins, on perçoit leurs vibrations. Encore un peu et on entendrait la musique !

Le corps de l’instrument lui-même est masqué par le corps du musicien mais étrangement une ombre sur le côté droit de l’image nous apporte une réponse, sa forme suggère le profil d’un violoncelle. Cette ombre en est le pendant.

Etrange portrait que celui-ci !
Réaliser un portrait de dos d’un personnage (et qui plus est une célébrité) n’est pas chose courante. Les vedettes sont généralement très attachées à leur image et souvent attentive à donner d’elle une image directement reconnaissable et de préférence flatteuse.

On reconnaît évidemment le virtuose (et compositeur) qu’était Pablo Casals mais ce n’est pas le plus important. Yousuf Karsh n’a pas voulu le représenter en tant que tel. Il a voulu représenter la musique comme si le personnage et l’immense artiste l’incarnait en lui-même.

D’ordinaire, la représentation qu’il donne des personnalités (du cinéma, de la littérature, de la politique..) est plutôt idéalisée. Il nous les montre généralement sous de beaux jours et les confine dans leur statut de star. Leurs yeux souvent ne regardent pas l’objectif (comme au cinéma). Leurs attitudes sont nobles, détachées voire sublimées…

La plupart du temps ce sont des portraits en studio et l’éclairage de style « Low key » est très maîtrisé.

Ici, avec Pablo Casals et contrairement à son habitude, il a choisit de rester en retrait pour capturer son image comme s’il voulait s’effacer et surtout ne pas le déranger.

Il nous propose donc une image en lumière naturelle « sur le vif » et non préparée. Un cas à peu près unique dans toute son œuvre connue.

D’origine arménienne Yousuf Karsh et sa famille ont fui le génocide perpétré par les turcs en 1915. En 1924, le petit Yousuf est envoyé au Canada en 1924 et il est accueilli par son oncle photographe portraitiste et c’est tout naturellement chez cet oncle que il fit son apprentissage.
A son adolescence, il est envoyé se perfectionner à Boston, aux États-Unis, auprès de John Garo, photographe alors le plus en vue de l'aristocratie et des célébrités de l'époque. Après plusieurs années passées aux États-Unis il revient au Canada en 1932 où il ouvre son propre studio à Ottawa. Il y fait ses débuts en tant que photographe de scène et devient rapidement le photographe de la haute société dont la renommée s'étendra largement au-delà des limites de la capitale canadienne. Il décède en 2002 à l’âge de 93 ans.

Aujourd’hui il est toujours considéré comme l’un des plus grands photographes portraitistes du 20e siècle.
Il a inspiré de nombreux photographes et carrément inventé un style ; le fameux « Clair-Obscur » appelé aussi « Low Key ».

Qu'est-ce qu'on dit dans ces cas là ?

Merci Monsieur !

 

Pour le prolongement on peut voir ICI

Et ICI 

23:10 Écrit par Samuel Delcroix | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

Commentaires

" La musique double la vie "
Sully Prudhomme.

Le Marathon se corse ;-)

Écrit par : Laurie | 21/02/2016

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