13/02/2016

Marathon Photo - Opus 7 -> " Chien "

Dans le marathon, j’ai réservé une place aux êtres vivants et pour commencer, j’ai décidé de penser aux animaux. Je vous avais déjà présenté un singe mais c’était pour illustrer le mot « Bijou ».

Aujourd’hui pour ce septième opus, je propose le mot « CHIEN ».

Il y a beaucoup de références aux chiens dans l’histoire de la photographie.

­On les voit apparaitre ici et là dans l’œuvre de très nombreux photographes.

Elliot Erwitt ou le regretté Michel Van Den Eeckhoudt (par exemple) ont proposé de très bonnes images où ils occupent une place de choix. Elliot Erwitt les utilisait dans ses photographies de mode et les considérait comme de véritables mannequins. Michel Van Den Eeckhoudt les aimait simplement, comme des amis. Sans vraiment les chercher, il les trouvait au hasard de ses déambulations et il donnait d’eux des images souvent très attendrissantes.

Pour illustrer ce nouveau mot j’avais l’embarras du choix et pourtant je n’ai choisi ni l’un ni l’autre car même si le chien est présent dans leurs œuvres, il n’en est pas le centre.

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En revanche, il est un photographe américain répondant au nom de William Wegman qui a fait du chien l’unique sujet de son œuvre. C’est à lui que j’ai donné ma préférence.

Tirée de son travail de plus de trente années, j’ai pioché une image peu ordinaire où le chien semble à la fois présent et absent. On ne le découvre pas tout de suite. Il se fond dans le décor et disparaît derrière le costume dont il est affublé.

C’est le côté monochrome qui apparaît d’emblée; les feuilles, les motifs du papier peint...

Ce n’est qu’en se penchant un peu plus attentivement qu’on voit la silhouette du chien et ici et là, au hasard des trouées entre les feuilles, son pelage, son museau, ses pattes et … son air triste et résigné.

L’œuvre toute entière de William Wegman est teintée d’humour. D’un humour très « british » sans moquerie ni cruauté.

En voyant ce chien sous cet angle et dans cette situation cocasse, on ne peut s’empêcher de sourire et même de s’émouvoir de son triste sort.

On ne se moque pas vraiment; on sourit en découvrant sa position peu enviable et puis on s’en émeut. 

Nous sommes des êtres humains dotés de sentiments et nous ressentons en nous-mêmes un peu de peine pour la « pauvre bête » qui subit…  

Le paradoxe c’est de n’avoir pu s’empêcher de sourire d’une situation qui n’est pas réjouissante.

L’un des objectifs poursuivis par l’auteur serait-il de jouer avec ces sentiments opposés ?

Une chose est sûre : En les faisant poser comme de véritables êtres humains et en leur prêtant des comportements extravagants (port de costumes loufoques, poses grotesques, attitudes saugrenues etc.) il parvient à nous les rendre proches et de toute cette absurdité il se dégage finalement beaucoup de douceur.

Acquis en 1970, il appelle son premier chien « Man Ray ». Ça ne s’invente pas !

Son œuvre flirte en permanence avec l’absurde, le surréalisme.

Il raconte que lors de l'adoption du chien (forcée car c’est sa femme qui en voulait un, pas lui) une fois rentré au domicile, le chien alla s’asseoir tout naturellement sur un fauteuil et pris une pose très photogénique dans une lumière très particulière !

C’est à ce moment là que le déclic se produisit. Et le déclic pour un photographe c’est très important ;-)

C’était en 1970 ! La critique au tout début n’y voyait que de l’humour au premier degré. Pour elle, c’était gentil, sans plus…

Depuis cette époque, son travail a beaucoup progressé et aujourd’hui la même critique reconnaît et salue son grand talent, son inventivité, son sens du graphisme et ses dimensions plastiques.

L’œuvre de William Wegman s’est fortifiée au fil des ans.

Sa démarche s’est affinée et on peut dire à présent qu’elle est devenue « plasticienne » dans le sens où le chien n’est plus qu’un prétexte pour nous présenter de la mise en scène. Il se sert de lui comme d’une figure récurrente et ce qu’il nous propose ce sont des portraits en situation, des installations soignées dans des décors judicieusement préparés... 

L’objectif est de faire passer une impression globale où formes, couleurs, motifs concourent avec lui pour former un ensemble séduisant.

Graphiques et innovantes, ses propositions ne laissent pas indifférent.

D’image en image l’expression du chien est immuable ; sa docilité et son air triste sont permanents. C’est le contexte qui change ; le décor, les couleurs, les objets qui l’environnent. Le chien est devenu une sorte de colonne vertébrale dont l’artiste se sert pour développer autour et à partir d’elle toute sa créativité.

La force de l’œuvre, c’est son renouvellement.

En n’utilisant qu’un seul sujet il courrait le risque de l’épuiser mais c’était sans compter sur sa créativité et son intelligence, son sens de l’humour, de la dramaturgie, du graphisme... j'en passe !

Il a réussi à nous proposer au fil du temps des images surprenantes dans une démarche en perpétuelle évolution et toujours réjouissantes.

Aujourd’hui, il jouit d’une reconnaissance internationale et du privilège d’être à la fois reconnu du grand public et admiré par les connaisseurs, même les plus exigeants.

N’est-ce pas justement le propre du génie ?

 

 

21:44 Écrit par Samuel Delcroix | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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