30/05/2016

Déménagement

Le blog a déménagé. 

Dorénavant, plus aucun article ne sera écrit ici.

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Capture d’écran 2016-05-29 à 23.53.16.png

 

 

00:00 Écrit par Samuel Delcroix | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

15/05/2016

Marathon Photo - Opus 20 -> " MORT "

C’est le mot « MORT » qui est proposé cette semaine.

Parce que la mort, c’est une thématique comme une autre, qu’elle est vieille comme l’histoire de la photographie ou l’histoire de l’art tout court.

Il aurait été dommage de ne pas lui laisser aussi sa place ici, dans ce marathon.

Des peintres comme Le Caravage, Théodore Géricault, Francis Bacon pour ne citer qu’eux l’ont abordée à de multiples reprises et de manières magistrales. Dans l’histoire de la photographie, avant que celle-ci ne s’émancipe de la peinture, beaucoup reprenaient cette thématique avec plus ou moins de bonheur.

De nos jours, elle fait partie intégrante de l’art contemporain.

En 1840, Hyppolite Bayard se met en scène dans un faux suicide en noyé pour protester contre l’académie des sciences qui ne reconnaît son invention.

En 1858, avec sa veillée funèbre « La Mourante », Henry Peach Robinson crée dans des décors, une scène de genre à caractère dramatique.

Plus près de nous, Duane Michals, dans des séquences d’images, fait jouer le rôle de la mort à son propre père et le rôle de la victime de la mort à sa grand-mère ! Une autre fois, dans un montage photographique, il réalise un double autoportraits dans lequel on le voit debout, observant son cadavre couché sur une civière.
A la fin de sa vie, Robert Mappelthorpe se représente appuyé sur une canne au pommeau en forme de tête de mort et une étrange ressemblance entre les deux figures apparaît.
Dans un autre registre, Joël-Peter Witkin découpe des cadavres et compose avec différents morceaux des natures mortes impressionnantes et Désirée Dolron s’improvise en Rembrandt en reconstituant des « remakes » des tableaux du maître dans lesquels des cadavres sont préparés pour l’ensevelissement.

La liste pourrait s’allonger…

Serrano.jpg

Pour l’illustrer, j’ai choisi une photographie d’Andres Serrano tirée de la série « THE MORGUE » réalisée en 1991.

D’origine hondurienne et afro-cubaine Andres Serrano est né à New-York en 1950 et il a poursuivi des études d’art à New-York.
Il est considéré aujourd’hui comme une figure majeure de l’art contemporain.

La mort, la religion, le sexe, la violence imprègnent son œuvre.

C’est un photographe controversé.

Avec « Piss Christ » (un crucifix immergé dans un bocal d’urine) il a provoqué de grandes polémiques. Considérée comme impie (alors que paradoxalement l’artiste se revendique comme chrétien) l’image rejetée par les milieux catholiques et d’extrême-droite est vandalisée à plusieurs reprises. L’artiste reçoit des menaces de mort…

En choisissant de se pencher sur des sujets que l’on ne montre habituellement pas il nous propose une réalité souvent dérangeante.

On ne peut rester indiffèrent à son (ses) propos.

Avec « THE MORGUE » il décide de montrer la mort au plus près au travers d’une somptueuse série de portraits de défunts, rendant esthétique un sujet qui ne l’est à priori pas. Certaines images de la série sont très dures.
La société occidentale se caractérise par la peur ou le désarroi face à la mort. La fuite devant l’idée de la mort (ou de sa représentation) est l’apanage de l’être humain. C’est normal.

Serrano décide d’affronter cette peur de front et de « jouer » avec elle. Il propose en très grand format des images en couleur Ektachrome incroyablement précises réalisées à la chambre d’atelier 20 X 25 cm. avec un éclairage de studio.

En plaçant le corps sur un fond noir, il suggère le vide approprié à la mort. La lumière est crue sans être dure. Les drapés, couleurs et attitudes sont directement inspirés de l’iconographie chrétienne.

Serrano puise son inspiration directement dans la peinture et déclare : « J’utilise la photographie comme un peintre utilise sa toile » et « dans mes photographies la couleur spécifique de la mort n’est pas encore visible. J’ai avant tout cherché à trouver la vie dans la mort ». Blancheur, douceur, apaisement, traits fins et délicats, tissu enveloppant et duveteux, des éléments qui à la fois cachent et laissent entrevoir. Les personnes fraichement décédées sont cependant déjà dans leur « sommeil éternel ».

Sous chaque image, en guise de titre, figure une information qui caractérise la cause du décès. Ainsi, tout en préservant l’anonymat de chaque personne, on apprend par exemple qu’il s’agit de suicide, de méningite, d’accident de la route ou de crash d’avion, d’homicide, de sida, d’insuffisance respiratoire etc.

A la dimension plasticienne, une dimension documentaire et/ou biographique se superpose alors à chaque image dans le sens où la cause du décès nous dit quelque chose sur la fin de la vie de chacun des défunts.

Contrairement à certaines images de la série qui sont difficilement regardables celle que j’ai choisie est d’un abord plutôt « facile ». Elle représente un homme décédé d’insuffisance respiratoire dont le visage est partiellement masqué par une étoffe d’un rouge très vif. La couleur rouge étant d’ordinaire réservée aux dépouilles des rois, des primats de l’église, des aristocrates etc. elle apporte une touche « noble » qui « gomme » le morbide.

Dans une atmosphère silencieuse et toute empreinte de sérénité, une grande douceur se détache et flotte dans l'image.

En le présentant de la sorte, l’artiste nous dit de manière très subtile une chose importante sur sa démarche ; le profond respect qu’il éprouve face à son « modèle » apparaît dans toute sa force.

Le Mac’s du Grand-Hornu (anciennes mines transformées en Musée d’Art contemporain) avait organisé dans les années 90 une exposition de quelques images tirées de la série qui avaient toutes un point commun ; les personnes représentées étaient décédées des suites de maladies pulmonaires. La volonté du conservateur du Mac’s étant de s’inscrire dans l’histoire locale avait privilégié dans ses choix une sélection d’images emblématiques propres à ce passé industriel et minier.

Personnellement, je n’ai jamais ressenti de malaise en regardant des personnes ou des représentations de personnes décédées. En découvrant les photos de Serrano au Mac’s, je me suis senti un peu pris à la gorge par la force artistique qui s’en détachait mais je n’ai jamais eu l’impression d’être un voyeur qui se repait de l’observation d’un objet morbide.

Ce nouveau mot ne vous laissera sans doute pas indifférent et j’imagine que vous saurez dépasser le premier degré en proposant une image qui l’illustre intelligemment.

Comme Andres Serrano…

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08/05/2016

Marathon Photo - Opus 19 -> " Horizon"

Voici le 19e opus du Marathon Photo.

C’est le mot « HORIZON » qui est proposé.
L’horizon, c’est une ligne lointaine, une ligne qu’on ne peut photographier seule. Une ligne au delà de laquelle on ne voit pas. Une limite. 

Avec l’horizon, on est obligé de faire avec l’en deçà.
La difficulté ici est de faire cohabiter l’un et l’autre, la ligne et ce qui la précède tout en veillant à ce que le concept édicté soit parfaitement évoqué. 

Le challenge est ouvert.
Compliqué ?
Normal, le mot est grandiose, le défi est de taille !

Pour l’illustrer, j’ai choisi une image tirée de la série « SEASCAPES » qu’Hiroshi Sugimoto réalisa entre 1989 et 1997.

Sujimoto_seascape-2.jpg

Une image dans laquelle la ligne qui caractérise le mot en question est à peine perceptible.

Né à Tokyo en 1948, Hiroshi Sugimoto quitte le Japon en 1970 pour étudier l’art à Los Angeles.
A cette époque, l’art conceptuel et minimaliste règnent en maître et vont fortement influencer son travail.

Avec sa chambre d’atelier grand format (20 X 25 CM) il entreprend un tour du monde et photographie aux quartes coins de la planète des horizons marins.

L’œuvre entière d’Hiroshi Sugimoto est basée sur l’idée de la série.
Il y aurait beaucoup de choses à dire sur le travail du maître. On pourrait parler de ses théâtres, ses vitrines de musées ou ses statues de cire du Musée de madame Tussauds, j’en passe.

Pour cibler le mot du Marathon, j’ai choisi une image tirée la série « Seascapes » car elle représente à mon sens ce que l’artiste a fait de mieux.

La série « Seascapes » composée d’une cinquantaine de clichés aux cadrages rigoureusement authentiques nous présente, à partir d’un point de vue unique (en hauteur) des horizons marins avec une particularité ; le ciel et la mer se répartissent un part égale dans le cadre, la ligne d’horizon coupe l’image en son centre et la divise rigoureusement en deux.

Pour cette série, Sugimoto a opté pour un cadrage inhabituel qui contredit toutes les règles classiques de la composition qui veulent que par exemple, on répartisse des tiers en proportions inégales ; deux en haut, un en bas ou l’inverse.

Chacune de ses vues répond évidemment aux critères classiques de la beauté, de la symétrie et de la poésie visuelle mais chacune prétend également se soucier assez peu de l’endroit où elle a été prise. L’appareil photographique tente d’atteindre une sorte d’impartialité dans la prise de vue. Ses sujets sont généralement des lieux où les gens se réunissent pour une contemplation collective (théâtres, musées, mer etc.). 

Que ressort-il de cette série ?

La démarche s’apparente à l’idée de développer à partir d’un sujet unique, un répertoire d’images de type « encyclopédiques », un peu à la manière des époux Becher (avec les châteaux d’eau par exemple).

Mais à la « l’objectivité froide » de Bernd et Hilla Becher, Sugimoto ajoute/oppose une dimension poétique car il distille à l’intérieur de chacune d’elles une atmosphère propre.

Les Becher refusaient les effets de lumière; ils choisissaient volontairement une lumière diffuse, unique pour toutes leurs images, pour ne rien privilégier.

Formellement, Sugimoto choisit aussi de ne rien privilégier dans son cadrage mais il laisse la part belle  à la lumière. il lui ouvre la porte et Il se laisse surprendre par elle.

Voir l’une ou l’autre image de la série donne une bonne idée mais pour apprécier véritablement l’envergure de ce travail il faut considérer la série entière.

J’ai eu la chance de la découvrir en 1993 quand le Musée des Beaux-Arts de Charleroi (et son directeur Laurent Busine) ont eu la bonne idée d’inviter l’artiste a exposer cette série (entre autres).

Dans une salle grande comme un hall omnisport, découvrir une cinquantaine de ses tirages accrochés en une ligne parfaite qui court sur toute la longueur des quatre murs, c’est un véritablement coup de poing en pleine figure.
Un choc artistique très puissant ! J’ai failli tomber par terre tellement c’était beau.

En entrant dans la salle, ne connaissaient pas l’artiste (il était peu connu à l’époque) je me suis demandé de quoi il s’agissait. J’ai d’abord cru voir des images abstraites présentant des aplats ou des dégradés de gris, de noirs et de blancs et ce n’est qu’en m’approchant que j’ai compris le sujet.
L’effet de surprise provoqué en moi m’a compétemment bouleversé.
Avec jubilation, je me suis mis arpenter l’exposition et à scruter chaque cliché. Une grande joie s’était emparée de moi. J’étais émerveillé.

Dans ses images l’artiste a voulu montrer un monde. Un monde pur. Une immensité dépouillée. Nulle part on ne détecte la trace la plus infime soit elle, d’une présence et/ou activité humaine ou animale. Pas d’avion dans le ciel ni de bateau sur l’eau, aucune référence à la surface terrestre, pas de sable ni de rocher aucun point d’appui, seulement de l’eau et de l’air, rien d’autre !
Une économie maximale, une épure.
Une rencontre avec l’infini, avec un monde tel qu’il devait être au tout début de l’histoire du monde…

Dans l’image que je propose (il fallait bien en choisir une) la ligne de l’horizon se devine plus quelle se voit.
La surface laiteuse du ciel se confond avec la surface grise de l’eau de la mer.
Les vagues ondulent et dessinent des lignes courbes.
On devine le vent qui souffle, on sent le mouvement de l’eau, son ventre qui se gonfle …

Hiroshi Sugimoto est pour moi un véritable modèle, un maître à penser et à voir.

 

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01/05/2016

Marathon Photo - Opus 18 -> " Vitrine "

Marathon Photo 2016 - OPUS 18.

Avec ce 18e opus, c’est le mot « VITRINE » qui est proposé.

Pour l’illustrer, j’ai choisi une photographie que Luigi Ghirri réalisa en 1972 quelque part en Italie.

ghirri pompiste.jpg

La vitrine, c’est un espace séparé d’un autre par une surface transparente le plus souvent en verre.

La vitrine, c’est un espace dans lequel un agencement est proposé, un espace qui permet de voir le dedans à partir du dehors mais aussi, s’il s’agit par exemple de celle d’un magasin, de voir le dehors à partir du dedans.

Dans le cas qui nous occupe, la vitrine est organisée en cabine et dans l’espace vitré et carré tout un agencement est proposé et se présente comme un cadre à l’intérieur du cadre.
C’est net, propre et limpide.
A lui seul, ce cadre pourrait fonctionner de manière autonome.

S’il me fallait établir un top 10 des photographes qui me touchent le plus Luigi Ghirri en ferait assurément partie.

En 2011 à Venise, lors de la Biennale d’Art Contemporain, j’ai eu l’immense privilège de pouvoir admirer dans le pavillon italien ses « Kodachromes » merveilleux ; de tout petits tirages de la taille d’une carte postale. De toutes les expositions de photographies que j’ai vues, celle-là restera gravée à tout jamais dans ma mémoire.

Lorsqu’on ouvre la page Wikipédia qui lui est consacrée on est surpris par sa brièveté.
Dans cette page où il est indiqué qu’il est né en 1943 et mort en 1992 à l’âge de 49 ans seulement, une courte phrase le défini comme « Un photographe adepte du vide habité ».
C’est parfaitement résumé et à la limite cela pourrait suffire.

Luigi Ghirri était modeste et à ceux qui lui disaient qu’il était un génie, il répondait « Allons donc ».

En flâneur solitaire il a exploré paysages, villes et villages italiens et tenté de capter l’ineffable beauté qui pouvait s’en dégager.

C’est un photographe de la couleur.
Un sensible qui perçait la banalité du quotidien et la comprenait. Un précurseur, un artiste-témoin très important dans l’histoire de la photographie de la seconde moitié du 20e siècle dans le sens où son œuvre toute entière s’est concentrée sur l’idée de proposer à partir d’une réalité d’apparence insignifiante une vision transcendée voire sublimée.

De ses images il se dégage un net sentiment de solitude mais il ne s’agit pas d’une solitude triste, il est plutôt question de silence et de contemplation, de nostalgie sans doute et de joie aussi.

Sous des apparences plutôt classiques et dans une écriture très personnelle, il a tenté tout au long de sa courte carrière de créer une grammaire des lieux, des détails, des personnes. Par un travail minutieux tout en finesse et une approche souvent inattendue mais toujours poétique, il a su proposer à notre regard sa propre « recherche du temps perdu » ; ce quelque chose d’irrémédiablement perdu et qui provoque ou procure cette tristesse teintée de joie qu’on pourrait qualifier de douce mélancolie.

Avec Saul Leiter, William Eggleston, Harry Gruyaert et quelques autres il fait partie de ces immenses artistes qui ont su à partir d’un travail réalisé principalement dans la rue porter la photographie couleur à ses sommets.

L’équilibre qui apparaît dans ses photographies est très impressionnant.

Un célèbre critique d’art italien à relevé que le nombre trois apparaissait très régulièrement dans ses photographies. Trois, c’est le nombre parfait, la trilogie, le nombre d’or. En italien, digne héritier du quattrocento, il était très attentif à sa composition. Je me suis penché sur ses images et j’ai constaté qu’en effet celles-ci sont souvent divisées en trois parties.
Toujours disposés pile à l’endroit où il fallait qu’ils soient ; trois personnage apparaissent, trois cercles, trois portes, trois voitures, trois affiches etc.

Dans La photographie de la petite station d’essence qui est présentée pour illustrer le mot du marathon, on peut relever ce nombre à plusieurs reprises. Je vous laisse le loisir de le retrouver…

Voici l’homme, son travail et son lieu de travail, son chien, son journal et son thermos de café. Une cabine frappée d’un cheval ailé et sur la pompe le mot « Miscela » c’est à dire mélange.
Un peu de tout me direz-vous…
Certes mais surtout pas n’importe comment !

Une attaque frontale, très maîtrisée, nette, propice à la description.
Une lumière adéquate, des couleurs et un cadrage « nickel ».

La démarche était d’évoquer la beauté qui se cache derrière l’ordinaire, le banal…
L’objectif est atteint, il me semble.
Je ne sais pas vous mais moi, je suis sous le charme

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25/04/2016

Marathon Photo - Opus 17 -> " Éphémère "

Marathon Photo 2016 - OPUS 17

Comme je l’exprimais par ailleurs, voici que le marathon a déjà accompli un tiers de son parcours.

Pour boucler ce premier tiers et entamer le second voici un château de sable.

Avec ce 17e opus, c’est le mot « Éphémère » qui est proposé et pour l’illustrer j’ai choisi (une fois n’est pas coutume) l’une de mes photographies réalisée sur une plage de la côte belge.

Capture d’écran 2016-04-24 à 23.50.35.png

On le sait, un château et ici plus précisément, un « bête » tas de sable attaqué par la marée ne fait pas long feu.

Ce château, ce n’est à peu près rien.
Les enfants qui l’ont construit le savaient aussi.
Il représente une course contre le temps ; un jeu qui consiste à bâtir courageusement une œuvre dont le destin est éphémère.
En un certain sens il est important parce que la mer, les vagues et ses assauts successifs ne vont en faire qu’une bouchée.
Les enfants l’ont dressé, courageusement, pelletée après pelletée, pile à l’endroit où il fallait pour qu’il soit détruit !

Paradoxe !

Quand je suis venu sur la plage et que je me suis approché de lui, j’ai ressenti le besoin de le photographier. Sa forme, le ciel, la lumière, tout me parlait.
J’ai dit tout haut « respect ! ».

Quand je suis tout seul et qu’un sujet m’interpelle, je lui parle comme s’il s’agissait d’une personne qui peut m’entendre et me comprendre.

Je suis un solitaire et en bon solitaire je parle tout seul !

J’aime être seul avec moi-même face à mon sujet.
Dans mon travail, je ne m’accomplis réellement que lorsque je suis seul et face à lui.

Quand je présente un mot, je choisis une image et je parle de son auteur. La logique voudrait que je ne déroge pas à la tradition.
Mais parler de soi est une tâche ingrate et je n’ai pas pour habitude de m’étaler. Je préfère m’abriter derrière mes images et je caresse l’idée qu’elles se suffisent à elles-mêmes et qu’elles parlent pour moi.

Aujourd’hui, j’en ai déjà trop dit.

Ce château éphémère va-t-il vous parler à son tour ?

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17/04/2016

Marathon Photo - Opus 16 -> " TOIT "

Cette semaine, avec le mot « Toit » le marathon prend de la hauteur et pour l’illustrer j’ai choisi une image que René Burri, photographe suisse, réalisa à Sao Polo en 1960.

René Burri Sao Polo .jpg

C’est une image divisée en trois plans/espaces.
Elle nous présente dans une vue plongeante sur une métropole animée, d’un côté un groupe de personnages déambulant dans un espace inhabituel et de l’autre, en contrebas des véhicules automobiles occupant toute la largeur d’une large avenue. Entre les deux, une zone grise composée d’aplats rectilignes et impersonnels troués par de nombreuses fenêtres aveugles.

La portée symbolique de l’image est forte.
Les piétons, faute de place, ont-ils été obligés de se réfugier sur le toit d’un immeuble pour prendre l’air et/ou s’adonner au plaisir de la marche ?
René Burri les replace dans l’espace urbain déshumanisé et dans cette immensité, Il réussi le difficile pari de les isoler par rapport à l’animation, le désordre, le bruit qu’ils ont peut-être fui.
En leur réservant une place de choix, en pleine lumière, dans son plan large appelé « d’ensemble », il donne sur le groupe un coup de projecteur et ainsi toute l’importance qui leur revient…

René Burri raconte que lorsqu’il était enfant, lors des randonnées dans les Alpes il se sentait à l’étroit et il éprouvait le besoin de se détacher du groupe pour se précipiter au sommet.
On verra, si on se penche un peu sur ses images qu’il affectionnait tout particulièrement les cadrages plongeants.

Loin de son pays natal, c’est d’un sommet qu’il prend cette image de Sao Polo.
En homme de terrain, il s’adapte. Photographe itinérant par excellence, d’une curiosité insatiable, il a une réelle volonté de connaître et de raconter. Sa « signature » c’est l’élégance, l’harmonie, l’atmosphère, une capacité unique à récréer l’espace et sa géométrie.

Il s’est rendu dans tous les endroits « chauds » de la planète, comme un vrai photojournaliste.
En homme sensible, ses images -même celles qui renvoient à des événements tragiques- ne montrent jamais de cadavres; c’est toujours le vivant qui prédomine.

Il affirme : « Lorsqu'on parvient vraiment à capter la vibration du vivant, alors on peut parler d'une bonne photographie ».

Contrairement à son mentor Henry Cartier-Bresson qui capte « l'instant décisif », il se défend et affirme qu’il préfère le travail sur le long terme mais il ajoute avec humour, comme pour contrebalancer son propos : « Les images sont comme des taxis aux heures de pointe, si l’on n’est pas assez rapide, c’est un autre qui les prend ». Une manière comme une autre de dire qu’il faut être là, toujours prêt à agir « sur le vif ».

C’est aussi un grand portraitiste. Des célébrités comme Pablo Picasso, Alberto Gioacometti, Le Corbusier et j’en passe, se sont retrouvées sous son regard bienveillant et on oublie souvent que c’est lui qui réalisa en 1963 le portrait connu mondialement d’Ernesto Che Guevara, l’immortel.

Né à Zurich en 1933, René Burri a rejoint l’Agence Magnum en 1955. Il a travaillé pour de nombreux magazines dont le célèbre Life Magazine. En 1991, il est élevé au grade ce Chevalier dans l’ordre des arts et des lettres.
En 2005, la Maison européenne de la photographie lui a consacré une grande exposition rétrospective.
Il est mort à Zurich le 20 octobre 2014.

Avec ce nouveau mot, le marathon propose un lieu, une voie, un point de vue …
Gageons que vous pourrez proposer une image à la hauteur de ce beau mot qu’est le mot « TOIT ».

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09/04/2016

Marathon Photo - Opus 15 --> " LUNETTE(S) "

Etant en vacances, j’avais pensé mettre le marathon en pause pour une semaine mais ma conscience professionnelle et mon amour immodéré pour la photographie m’ont ramené à la raison.

J’avais pourtant une très bonne raison; mon chapeau était resté à la maison.

Durant cette semaine sans chapeau, ma mémoire fonctionnait cependant et un mot de ma liste me revenait à l’esprit de manière récurrente.

J’ai donc décidé de le proposer pour ce quinzième opus.

C’est le mot « Lunette(s) ».

Je l’indique au singulier et au pluriel car il a plus d’un sens selon qu’on l’emploie dans une forme ou dans l’autre.

Au singulier, la lunette c’est celle que Galilée avait appelée « d’approche » et qu’il offrit au Doge de Venise en 1609 après en avoir fait la démonstration du haut du Campanile de la Place Saint-Marc.
C’est celle que l’on utilise au théâtre ou à l’opéra pour voir la scène « de près ».
C’est un élément d’architecture ; une petite voute en berceau qui vient s’encastrer dans une plus grande. C’est aussi celle sur laquelle on s’assoit ; un sens comme un autre mais sur lequel je ne m’étendrai pas…

Au pluriel, les lunettes fonctionnent par paires. C’est un objet de la vie quotidienne. Tout le monde ou presque en a. On les utilise pour se protéger du soleil. On s’en sert comme d’une béquille quand l’âge avançant, les yeux s’affaiblissent. On peine à s’en séparer quand on change de monture. Elles finissent au fond des tiroirs…

Bref, c’est ce dernier sens que j’ai privilégié et pour l’illustrer j’ai choisi une photographie de Victor Keppler réalisée il y a près d’un siècle (1918).

Victor Keppler Glasses.jpg

Victor Keppler était un photographe qui travaillait sur commande.
De cette image, on ne sait pas grand-chose. Elle est souvent injustement attribuée à Cecil Beaton.
A-t-elle été réalisée dans un but commercial ? Etait-ce une commande pour un opticien ? On ne sait pas.

Très épurée, elle joue sur les formes répétitives, la transparence, les ombres…
Le cadrage serré qui coupe les objets de toutes parts suggère l’idée d’un hors champs dans lequel le motif se répèterait à l’infini. Graphique, elle se présente comme un dessin en noir sur fond blanc composé uniquement de lignes courbes ; sorte d’entrelacs qui suggèrent l’ébauche de visages.
A bien y regarder et à la condition d’être très imaginatif on aperçoit le dessin d’un nez formé par les ombres des branches…
Personnellement j’ai une imagination débordante ; je vois apparaître les lunettes et le visage de Groucho Marx, le célèbre acteur et réalisateur des années 20 !

J’aime beaucoup l’idée d’exhumer du passé un nom à peu près inconnu et/ou oublié.

Si on se penche sur l’histoire de la photographie, le nom de Victor Keppler n’apparaît pratiquement jamais.

Pourtant Victor Keppler fut l’un des tout premiers photographes publicitaires. Très productif en son temps il réalisa pour de grandes marques (Camel & Heinz entres autres) des photographies qui se présentent aujourd’hui comme des références en la matière. Il avait un style propre à lui et une très grande maîtrise de la lumière doublé d’un véritable sens de la couleur.

Devenu indépendant dans les années 20, il travailla pour de très grandes agences publicitaires.
Reconnu comme le meilleur de son temps en photographie commerciale de studio il fut propulsé au devant de la scène en réalisant les couvertures de magazine célèbres.

Précurseur, c’est lui qui le premier publia une photographie de couverture de magazine en couleur avec le procédé « Carbro » (procédé très complexe d’impression trichrome qui garantit à l’image une durabilité de plusieurs siècles).

En 1961, il fonda une école de photographie à Wesport (Connecticut).

Auteur, il publia des livres dont l’un « Le Huitième art – Une vie de photographie couleur » (toujours pas traduit en français) est très reconnu outre atlantique.

Il meurt en 1987 à Manhattan à l’âge de 83 ans.

Bref, cette image toute simple nous ramène un siècle en arrière et nous rappelle que l’histoire de la photographie quelle que soit la piste qu’elle emprunte est riche et passionnante.

Gageons que vous saurez vous inspirer d’elle et donner à votre tour de cet objet « ordinaire » une image originale et interpellante.

23:38 Écrit par Samuel Delcroix | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

03/04/2016

Marathon Photo - Opus 14 -> " Manège "

Marathon photo OPUS 14 « MANÈGE ».

Quand le mot est sorti du chapeau, j’ai pensé qu’il tombait parfaitement à pic car je souhaitais que le marathon emprunte une piste réjouissante.
Les événements récents nous ont bouleversés !
Je voulais un peu de paix et de joie, pour rebondir…

Quand le mot « MANÈGE » est sorti du chapeau, c’est une images d’Izis (de son vrai nom Israëlis Bidermanas) qui s’imposa directement à moi.

Il s’agit de l’image en noir et blanc d’un manège/carrousel de chevaux de bois qu’il réalisa au jardin des tuileries à Paris dans les années 50.

Izis_jardintuileries_manège.jpg

Que dire ?
Une lumière, un cadrage parfaits sur un manège à l’arrêt et comme figé dans le froid glacé et la lumière hivernale d’un parc enneigé.
Une délicatesse toute mélancolique qui nous surprend, nous attendris.
Les chevaux suspendus semblent joyeux ; regroupés et à peu près tous détachés les uns des autres, ils flottent de toutes leurs pattes, ils prennent la pose devant les yeux émerveillés du photographe.

Izis était un photographe-poète, un rêveur. Pour Jacques Prévert il était « le colporteur d’images », le doux capteur des instants, le tendre témoin des émotions fugitives.

Timide mais patient, il a mis beaucoup de temps pour pouvoir et savoir s’approcher des gens, sans déranger et sans se faire remarquer.
Avec son appareil photographique Il allait là où il ne se passe rien, il restait aux aguets, les gens ne le voyaient pas car il faisait partie du décor.

Doit-on s’intéresser à son histoire pour mieux comprendre sa démarche ?
Peut-être…
Lituanien d’origine juive, fuyant les pogroms et l’antisémitisme virulent, il s’enfuit et se réfugie en France.
On est en 1930, il a 20 ans.
Sans papier, sans contact, sans connaître un seul mot de français il se retrouve à Paris et vit dans la rue en clandestin.
Il rêvait d’être peintre, mais la réalité l’obligera à se contenter de petits boulots et notamment de retoucheur dans des laboratoires de photographes.

En 1940 la peste nazie envahit la France, il doit s’enfuir.
Ses parents, restés en Lituanie sont assassinés, victimes de la shoah. Son frère meurt dans le ghetto de Shaunas.
Arrêté par la gestapo, il est torturé.
C’est la résistance qui le libère et tout naturellement, il rejoint le maquis et photographie ses amis de lutte.
Après la guerre, ce sont ces mêmes amis qui lui rendent hommage et qui le font enfin un peu connaitre.

Son fils parle de lui ainsi : « C’était un homme angoissé, hanté par son passé, sans doute désespéré mais pas amer, capable de voir ce qui est beau, d’avoir l’humour d’un pitre… »

Au fil du temps, il s’est forgé un monde à lui en dehors du monde féroce, une tanière contre la violence et la bêtise.

Aux côtés d’Edouard Boubat, Willy Ronis, Robert Doisneau, on le considère aujourd’hui comme un digne représentant de la photographie humaniste.

En 1949, il entre à Paris-Match pour le premier numéro du journal.

D’emblée, il surprend pas son style. Ses patrons s’étonnent car ce ne sont pas les événements qu’il photographie mais les détails de la vie. Ses confrères se moquent de lui en l’appelant « Le spécialiste de l’endroit où il ne se passe rien ».

Qu’importe !

Il vit, il est sur son nuage et il a ce petit côté attachant qui fait qu’on ne peut se passer de lui.
La collaboration avec le journal va durer 20 ans.

Il voulait, puisqu’il était un survivant, simplement prendre le temps de rêver, de respirer la beauté d’un instant, l’indicible qui passe entre les êtres et les choses.

00:11 Écrit par Samuel Delcroix | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

28/03/2016

Marathon Photo - Opus 13 -> " FENÊTRE "

Pour cette 13e semaine, c'est le mot "FENÊTRE" qui est sorti du chapeau.

Pour illustrer ce nouveau mot, j’ai trouvé cette image qu’Harry Gruyaert (photographe belge né en 1941) réalisa au Musée des Beaux-Arts de Bruxelles en 1981 lors de la grande rétrospective autour de l’œuvre du peintre surréaliste belge René Magritte.

HG_FENETRE.jpg

Harry Gruyaert photographie les couleurs.

C’est sa façon de percevoir le monde. Il est allé à sa rencontre, en Belgique évidemment mais aussi dans des tas d’autres pays.

C’est à l’âge de 20 ans qu’il décide que la photographie sera son moyen d’expression. La décennie qui l’a précédé a élevé la photographie au rang d’art en nuances de gris. La photo couleur est réservée à la presse, la mode, la publicité…

Qu'à cela ne tienne !

Dans la foulée de William Eggleston et Saul Leiter (ses modèles) il va proposer une approche personnelle, une perception narrative, non émotive et radicalement graphique ; un véritable (et nouveau) territoire pour la couleur.

D’emblée, il choisi de se couler auprès du sujet, sans rien troubler des situations. Il pratique l’effacement et en cela il rejoint la démarche d’Henry Cartier Bresson et sa « furtivité » légendaire.

On ne dira jamais assez l’importante que revêt la couleur dans son œuvre.

Les lignes franches, les grands aplats noirs qui tranchent sur des ocres aveuglantes, des rouges flamboyants, des bleus pâles, des verts fluorescents etc. participent activement à l’équilibre de ses compositions. La lumière, à la fois violente et tendre, aveuglante, abstraite et sensuelle joue un rôle fondamental dans le rendu « global ».

« Devant une photographie en noir et blanc on a davantage envie de comprendre ce qui se passe entre les personnages. Avec la couleur on doit être immédiatement affecté par les différents tons qui s’expriment dans la situation… »

Tout en refusant de céder au dogme de la construction réglée qui vient de la renaissance, Il déploie des lignes de force et parvient à donner à chaque partie de ses images un poids égal.

Dans ses images, tout compte !

Il s’explique : « Je suis intéressé pas la banalité du quotidien, les objets autant que les humains » et aussi « une fusion dans laquelle les habitants sont mêlés au paysage dans une harmonie de formes et de couleurs… ».

Les photographies d’Harry Gruyaert sont autonomes et se suffisent à elles-mêmes. Très éloignées du photojournalisme, elles échappent à toute logique thématique et/ou géographique.

Malgré ce "handicap" il rejoindra la prestigieuse agence Magnum en 1982 !

Pour illustrer le nouveau mot, j’ai choisi une image « belge » car c’est en Belgique, son pays natal qu’il a réalisé une part importante de son œuvre.

Dans cette image réalisée au musée ce n’est pourtant pas tellement la couleur qui importe, c’est surtout l’atmosphère.

Deux personnages vêtus de noir semblent recueillis devant un tableau représentant des fenêtres dont l’une est entrouverte sur l’obscurité la plus totale. L’objet (le tableau) tout d’un coup nous apparaît comme une dépouille.

Ce qu’ils observent ce n’est plus le jour, c’est son illusion.

En ces jours noirs qui endeuillent notre pays cette représentation est très troublante. Nous renvoie-t-elle l’image d’un monde dans lequel nous sommes ?

Quelles drôles de fenêtres que celles-ci !

23:53 Écrit par Samuel Delcroix | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

20/03/2016

Marathon Photo - Opus 12 -> " ENFANCE "

Marathon Photo OPUS 12.

Pour ce 12e opus, c’est le mot « ENFANCE » qui est sorti du chapeau et pour l’illustrer j’ai choisi la photographie du petit Rémi ; l’enfant au coquillage réalisée en 1955 par Edouard Boubat.

Boubat_Enfance.jpg

Caractériser l’enfance en une photographie voilà qui n’est pas facile.
Il faudra pourtant s’y coller si on veut se montrer exigeant face à ce défi !

Des photographies d’enfants il en existe probablement des milliards.
Les enfants sont précieux ; on les vénère.

Souvenirs de naissance, premiers pas, anniversaires, communions, vacances, fêtes scolaires sont autant de prétextes pour immortaliser chaque étape de leur vie.
Les photographies d’enfants peuplent les albums, trônent sur les bureaux et les meubles, garnissent les murs des maisons. On les transporte avec soi dans les portefeuilles, on les affiche sur les écrans des smartphones et des ordinateurs, on les distribue dans les familles, on les partage sur les réseaux sociaux...
Elles nous accompagnent partout où nous allons, elles nous suivent tout au long de notre vie.
Elles nous rassurent, nous rapprochent, nous rappellent que nous sommes vivants et que nous perpétuons la vie,

Pour la plupart, les photos d’enfants sont faites pour ne rester que dans le cercle familial ou amical.
Une fois sorties de ce cercle intime, elles n’intéressent à peu près plus personne.
C’est normal.
Qu’aurait on à faire de la photographie d’un enfant inconnu qui soufflent les bougies de son gâteau d’anniversaire alors que nous avons déjà la même (en mieux) de nôtre propre enfant qui souffle les siennes ?

Il y a évidemment des exceptions, mais en règle générale, les images qui ont valeurs de souvenirs n’ont que peu ou pas de valeur artistique. Nous nous satisfaisons du plaisir que nous éprouvons en les regardant car elles représentent ce qui probablement est ce que nous chérissons le plus au monde !
C’est ainsi et c’est bien.
Loin de moi l’idée de critiquer et/ou de mépriser la pratique qui consiste à immortaliser les siens.
Leur prétention est ailleurs, c’est tout à leur honneur et ça ne leur retire rien…

Qui était le petit Rémi, l’enfant au coquillage ?
Ce n’est pas notre enfant mais pourtant l’image nous parle.
Où se situe la différence entre cette image et les autres, les milliards d’autres qui ne nous intéressent pas ?
La question ne se pose pas car la réponse saute aux yeux.
C’est l’Enfant !
C’est vous, c’est moi, c’est nous.
Qui de nous (enfant) n’a jamais collé son oreille à un coquillage et fermé les yeux pour se retrouver au bord d’une plage et écouter le bruit des vagues et du vent ?

Cet instantané de la vie d’un enfant inconnu, c’est un miroir qui reflète tout simplement un moment donné de la vie, un moment familier connu de tous…
Il a une portée universelle.
N’importe qui peut le comprendre.

En une seule image et dans un doux dépouillement qui surprend, Edouard Boubat a réussi à restituer un monde d’enfance. Un monde dans lequel le petit Rémi est plongé et dans lequel nous plongeons à sa suite.

En 1996 Edouard Boubat disait :

« La photo c'est un instant de lumière, un moment où les personnages ont été devant nous.
Je ne me pose pas la question de savoir si une photo est bonne ou mauvaise.
Ce qui est important c'est qu'il y ait un "élan".
Que je saisisse quelque chose à la prise de vue et que je sois saisi après par cette chose. Le plus important dans une photo, c'est donc qu'elle crève les yeux.
Qu'elle soit techniquement bonne ou mauvaise n'est alors pas si important.
Ce n'est pas l'appareil qui fait la photo, c’est l'œil »

Pour l’anecdote (un peu technique, je m’en excuse) je me souviens qu’il disait n’avoir jamais voulu travailler qu’avec un seul objectif : Celui dont l’angle de champs se rapproche le plus de la vision humaine, celui que l’on appelle « Le normal » et qu’il considérait comme le prolongement de son œil.

Dire qu’Edouard Boubat avait l’œil serait une lapalissade insupportable.
Je m’en garderai bien.

Il savait voir car il posait sur son sujet un regard bienveillant.

En plus d’avoir bon œil il avait l’œil bon…

01:20 Écrit par Samuel Delcroix | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

13/03/2016

Marathon Photo - Opus 11 -> " Belgique "

Pour cet onzième opus, c’est le mot « BELGIQUE » qui est sorti du chapeau et pour l’illustrer j’ai choisi une photographie de Nicolas Bomal.

C’est une image tirée d’une série avec laquelle il remporta à juste titre le 1er Prix National de la 14e Photographie ouverte du Musée de la Photographie de Charleroi en 2003.

Friterie.jpg

Caractériser la Belgique en une image n’est pas facile. On peut vite tomber dans le cliché facile. Le piège est tendu.

Un drapeau par exemple, planté à peu près n’importe où dans n’importe quoi pourrait faire l’affaire mais ce n’est pas ce que l’on attend dans ce marathon, vous l’aurez deviné.

On attend plus de subtilité, moins d’anecdotique, un peu d’originalité…

Du sublime !

L’idée de la Belgique c’est avant toute chose un état d’esprit que seuls (ou à peu près) les belges peuvent comprendre. Notre merveilleux petit pays est peuplé de gens simples, plein de talents qui ne se prennent jamais vraiment au sérieux, qui ont un humour bien à eux et des us et coutumes que nos voisins ne comprennent pas toujours.

Ces bons voisins nous appellent souvent « les petits belges » alors qu’en réalité, nous ne sommes pas plus petits qu’eux, nous appartenons seulement à un plus petit pays que le leur.

Nous avons notre identité, nos qualités, nos défauts comme tout un chacun.

Modestement nous sommes fiers (sans doute) et jamais (ou presque) nous ne nous mettons en avant. Notre modestie est légendaire.

C’est ce qui fait notre charme.

Bref, pour illustrer le mot du marathon, j’ai choisi une image qui ne paie pas de mine mais qui a un double mérite : elle caractérise parfaitement notre pays et elle se présente à nous avec des qualités plastiques indéniables. Elle est bien construite ; formes et couleurs s’articulent entre elles de manière harmonieuse.

C’est comme on dit « une baraque à frites » dans un village de Wallonie.

Un lieu ordinaire dans un cadre banal que l’auteur de l’image a traité avec beaucoup de respect, comme s’il s’agissait d’une œuvre architecturale remarquable.

Elle a trouvé sa place entre deux maisons de rangées reliées entre elle par des câbles électriques. On voit derrière elle la pointe d’un clocher et d’une part, une porte complètement déglinguée puis de l’autre un passage latéral qui donne accès à une modeste arrière-cour.

Le propriétaire de l’établissement, soucieux du bien-être de sa clientèle a eu la bonne idée de prévoir un espace couvert pour l’abriter en assemblant entre eux panneaux en bois surmontés de baies vitrées et toiture en tôles. La porte est ouverte, le lieu à l’air convivial, on papote en attendant son tour, une affiche annonce une brocante dans les jours qui viennent…

Touchante, elle raconte la simplicité de la vie quotidienne au village.

Le cadrage est frontal, rigoureux, sans effet ni fioritures.

Réalisée à la chambre d’atelier, en argentique elle est comme le dirait un certain Walker Evans « documentaire dans son style ».

Elle peut assurément être associée à ce mouvement photographique que l’on appelle « Le Nouveau Réalisme ».

Apparu dans le milieu des années 60, ce mouvement voulait se démarquer en s'opposant aux tendances artistiques lyriques et abstraites de l'époque et en proposant une figuration objective. Le néo-réalisme s’inscrit comme l’un des mouvements d’avant-garde les plus importants de la décennie. Par leurs œuvres les artistes néo-réalistes participent chacun à leur manière (qu’ils soient photographes, peintres, sculpteurs etc.) à l’un des concepts les plus importants du Nouveau Réalisme : la perception de l’objet ou du lieu usuel comme d’un matériau d’œuvre d’art.

A l’opposé de leurs homologues (peintres, sculpteurs…) qui préconisaient de ne pas tomber pour autant dans le piège de la figuration, connotée, petite-bourgeoise etc. les photographes vont au contraire proposer une vision ancrée directement dans le réel. C’est pour eux une manière de retourner à la réalité, une nouvelle approche caractérisée par le regard « neutre » à la frontière de la photographie purement documentaire  

Ces artistes/photographes attachants rechignent à séduire avec des artifices de composition et ne prétendent rien faire d’autre que témoigner, rendre compte, documenter une certaine réalité en se ré-appropriant les codes du réel pour en donner une vision personnelle « objective ».

Le sujet de la photographie proposée caractérise plutôt bien le mot du marathon dans le sens où la frite c’est un peu l’emblème de notre pays.

A l’exposition Universelle de Milan en 2015, j’ai visité le pavillon belge comme il se doit et que présentait-on en tout premier lieu ? Je vous le donne en mille : LES FRITES !

Venaient ensuite le chocolat, les moules, la bière…

Mais que faisaient surtout les visiteurs venus de tout pays et continents qui se pressaient à l’entrée du pavillon : La file pour recevoir le précieux cornet !

Gageons que ce nouveau mot vous inspire et ne vous laisse circonspects…

 

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05/03/2016

Marathon Photo - Opus 10 -> " MAIN "

Nous voici arrivés au 10e opus de ce marathon.

Si je voulais faire un raccourci un peu facile ou un mauvais jeu de mots, je dirais que pour celui-ci j’ai eu la main heureuse.

C’est le mot « MAIN » que j’ai tiré de mon chapeau et pour l’illustrer j’ai choisi la très touchante photographie d’Alexandra Boulat réalisée en 2001 au Pakistan.

alexandra-boulat MAINS-23.jpg

Née le en 1962, Alexandra Boulat est décédée le 05 octobre 2007 à Paris à l’âge de 47 ans des suites d’une hémorragie cérébrale.

Etrange destin que celui-là, elle qui a parcouru le monde, s’est exposée dans des territoires de guerre et qui a flirté avec la mort durant plus de 20 ans !

Alexandra Boulat est une photographe française connue pour son travail sur les zones de guerre. Photojournaliste de réputation internationale, elle a couvert la plupart des conflits des vingt dernières années en ex-Yougoslavie, au proche et Moyen-Orient.

Ce que l’on voit dans cette image intimiste ce sont les mains d’une femme anonyme qui émergent du milieu d’un groupe de femmes voilées et qui s’offrent au regard en s’élevant vers le ciel.

Impossible de dire où se déroule l’action.
Elles sortent de nulle part.
Ce pourrait être partout.

Le message qu’elles véhiculent est universel, tout le monde peut le comprendre ; elles expriment la souffrance, la supplication pour que cesse la souffrance. Elles ressemblent à n’importe quelles mains. Ce pourrait être les nôtres…

Dans la solitude de la prière (ce très mince espace de parole) elles sont comme un livre ouvert, une coupe présentée humblement comme une offrande et qui attend une bénédiction en retour.

Les femmes souvent ne peuvent parler.
Elles doivent se cacher derrière leurs voiles et partout, des Balkans à l’Afghanistan, du Pakistan à l’Irak, de la Syrie ou de l’Irak à la Palestine etc. elles vivent des drames et dans ces terres de conflits, Alexandra Boulat a réussit à immortaliser les détails, ces toutes petites choses qui racontent les souffrances au quotidien sans jamais montrer une seule arme.

Elle a toujours été de leur côté. Dans son travail de photojournaliste elle a été leur porte-parole.
Elle les a observées de très près, écoutées attentivement et a posé sur elles un regard bienveillant.
Elle a su raconter la guerre avec lucidité et honnêteté et en faire sentir tout le poids sans jamais succomber au sensationnalisme.

Le photojournalisme était au cœur de sa vie elle lui a donné le meilleur d’elle-même. Son propos n’était pas de construire une œuvre mais de raconteur aux autres, le monde tel qu’elle le voyait, avec ses illusions et ses désillusions…

Le travail du photographe journaliste c’est aussi celui là : S’exprimer au nom de celles et ceux pour qui ce droit fondamental est proscrit.

Alexandra Boulat laisse derrière elle une somme considérable, un témoignage poignant qui bouscule, provoque en nous la réflexion et réveille notre sensibilité.

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27/02/2016

Marathon Photo - Opus 9 -> " Étang "

Marathon Photo > Opus 9

C’est le mot « Étang » qui est sorti de mon chapeau et ça tombe bien !
Nous allons changer d’air, sortir un peu dans la nature…

Pour illustrer ce nouvel opus, j’ai choisi la photo très intéressante qu’Hubert Grooteclaes réalisa en 1974 quelque part en Belgique.

HGROOTECLAES_BLOG.jpg

Photographe belge, originaire d’Aubel (Pays de Herve) Hubert Grooteclaes (décédé en 1994) a longuement enseigné la photographie à l’Ecole Supérieure des Arts – Saint Luc de Liège.

A l’âge de 27, après de longues années passées dans la fromagerie familiale, il se lance dans la photographie en ouvrant à Liège un studio de portraitiste
Très vite cette activité routinière va le lasser même si elle nourrit son homme.

Le soir après le travail, il se passionne pour les collages, coloriages, trucages et durant plusieurs années il réalise des « photographismes » mot inventé par lui pour désigner des explorations artistiques à la croisée des chemins entre la sérigraphie et la photographie. De ce travail on ne retiendra pas grand-chose.

En revanche ce qu’on retient aujourd’hui ce sont surtout ses images « Floues/Nettes ».

C’est en 1965 qu’il fait une découverte.

En plaçant sur son agrandisseur une vieille optique Voïgtlander médiocre de 1925 il s’aperçoit que lorsque qu’il l’utilise à pleine ouverture de diaphragme, il obtient des images floues mais que celles-ci deviennent nettes à mesure qu’il referme ce même diaphragme. C’est en combinant les poses à pleines ouvertures et les autres, à diaphragmes fermés, qu’il va obtenir à partir d’un négatif parfaitement net un effet « dilué » très intéressant.
Le procédé en lui-même n’est pas nouveau William Klein l’avait déjà utilisé dans les années cinquante à la différence près que William Klein provoquait l’effet en modifiant la mise au point de son agrandisseur durant la pose (voir cette photo réalisée dans le métro de New York en tapant dans Google les mots clés " William Klein" "Candy store" "New York").

A la différence de William Klein qui n’utilisa que très occasionnellement ce « trucage », Hubert Grooteclaes va au contraire l’utiliser quasi en permanence durant plus de 20 années et il va même se replonger dans ses archives et ressortir les vieux négatifs avec ce nouveau procédé.
Une sorte de ré-interprétation de son regard.

C’est de cette partie la plus intéressante de l’oeuvre que j’ai tiré l’image proposée et qui toute empreinte de poésie, de douceur…

Il ne va pas s’arrêter en si bon chemin.
Non encore satisfait d’obtenir ce beau résultat, il va parfaire sa méthode en procédant aux virages des épreuves puis au coloriage « à la main ».
C’est le « fait maison » qui l’intéresse.

Google n’existe pas encore. Les Smartphones, Instagram et autres applications aux effets tout faits et obtenus par effleurement des écrans tactiles non plus.

Il est fort peu intéressé par la photo couleur en tant que telle (celle proposée par les fabricants Kodak, Agfa, Fuji etc.).
Il souhaite récréer lui-même les couleurs qu’il a vues lors de la prise de la vue. Il ne cherche pas la précision du rendu mais plutôt l’impression qui est restée dans son souvenir, un peu à la manière des photographes pictorialistes du début du 20e siècle (Léonard Misonne, Edouard Steichen…) qui préconisaient dans leur « théorie du sacrifice » de privilégier le rendu atmosphérique et de faire fi des détails…

Bref, nous voici en présence d’une image très sobre, tirée plein cadre, sans recadrage du négatif (la marque de fabrique de l’artiste).

Presque noir et blanc au sens littéral.
Un modeste tronc d’arbre isolé.
Un petit étang.
Une surface lisse posée comme une tache sur le sol enneigé.
Une forme familière qui évoque une larme ? La palette d’un peintre ?

Plus subtilement, une sorte de Yin et de Yang.
Une toile lumineuse, une trame éthérée, un rendu de surface qui dilue le regard. Un univers propice à la contemplation...

Le noir de l’étang c'est le Yin, le blanc de la neige c'est le Yang.
L’un et l’autre s’interpénètrent dans la dualité, la complémentarité…

Un rien du tout... 
Un tout d’un rien ?

Pour le prolongement on peut consulter ce LIEN 

23:53 Écrit par Samuel Delcroix | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

20/02/2016

Marathon Photo - Opus 8 -> " Musique "

Marathon photo - Opus 8

Pour cette huitième semaine et en cette période de festival autour du film d’Amour (où l’on met notamment à l’honneur de grands compositeurs) je veux proposer un mot qui je l’espère rajoutera encore un peu de joie…

De ma liste j’ai tiré le mot « MUSIQUE » et pour l’illustrer la très belle photographie de Yousuf Karsh qu’il réalisa en 1954 à l’Abbaye de Saint-Michel de Cuxa.

pablo casal.png

On découvre un personnage assis de dos qui joue de son instrument. Il s’agit de l’un des plus grands violoncellistes du XXe siècle : Pablo Casals.

Pour l’anecdote ; hier soir lors du gala d’ouverture du Festival International du Film d’Amour au Théâtre Royal de Mons j’ai été frappé par la ressemblance entre Vladimir Cosma (à qui on rendait hommage) et Pablo Casals. Ce n’était pas que physique, le style y était aussi !
En choisissant ce mot, et sans m’en rendre vraiment compte, je leur rendait hommage à l’un et l’autre.

C’est une image empreinte de sérénité et d’une très grande douceur.
On y voit le musicien en communion avec son instrument.
Il baigne dans une lumière en contrejour qui, tombant sur lui d’une petite lucarne à peine esquissée, semble là comme une auditrice attentive et respectueuse.

La lumière et la musique se sont données un rendez-vous.
On a le sentiment qu’un dialogue est engagé.

Yousuf Karsh a eu le bon reflexe en élargissant le cadre pour donner de la place à cette petite lucarne car elle joue un rôle fondamental à la fois dans l’équilibre de la composition mais aussi et surtout parce qu’elle participe activement au bon rendu de l’atmosphère qui règne dans ce petit coin de la chapelle.

Le bras du musicien est levé, l’archet est en action, la volute du violoncelle est posée sur son épaule. Sans les voir on sent les doigts sur les cordes. On devine le frottement des crins, on perçoit leurs vibrations. Encore un peu et on entendrait la musique !

Le corps de l’instrument lui-même est masqué par le corps du musicien mais étrangement une ombre sur le côté droit de l’image nous apporte une réponse, sa forme suggère le profil d’un violoncelle. Cette ombre en est le pendant.

Etrange portrait que celui-ci !
Réaliser un portrait de dos d’un personnage (et qui plus est une célébrité) n’est pas chose courante. Les vedettes sont généralement très attachées à leur image et souvent attentive à donner d’elle une image directement reconnaissable et de préférence flatteuse.

On reconnaît évidemment le virtuose (et compositeur) qu’était Pablo Casals mais ce n’est pas le plus important. Yousuf Karsh n’a pas voulu le représenter en tant que tel. Il a voulu représenter la musique comme si le personnage et l’immense artiste l’incarnait en lui-même.

D’ordinaire, la représentation qu’il donne des personnalités (du cinéma, de la littérature, de la politique..) est plutôt idéalisée. Il nous les montre généralement sous de beaux jours et les confine dans leur statut de star. Leurs yeux souvent ne regardent pas l’objectif (comme au cinéma). Leurs attitudes sont nobles, détachées voire sublimées…

La plupart du temps ce sont des portraits en studio et l’éclairage de style « Low key » est très maîtrisé.

Ici, avec Pablo Casals et contrairement à son habitude, il a choisit de rester en retrait pour capturer son image comme s’il voulait s’effacer et surtout ne pas le déranger.

Il nous propose donc une image en lumière naturelle « sur le vif » et non préparée. Un cas à peu près unique dans toute son œuvre connue.

D’origine arménienne Yousuf Karsh et sa famille ont fui le génocide perpétré par les turcs en 1915. En 1924, le petit Yousuf est envoyé au Canada en 1924 et il est accueilli par son oncle photographe portraitiste et c’est tout naturellement chez cet oncle que il fit son apprentissage.
A son adolescence, il est envoyé se perfectionner à Boston, aux États-Unis, auprès de John Garo, photographe alors le plus en vue de l'aristocratie et des célébrités de l'époque. Après plusieurs années passées aux États-Unis il revient au Canada en 1932 où il ouvre son propre studio à Ottawa. Il y fait ses débuts en tant que photographe de scène et devient rapidement le photographe de la haute société dont la renommée s'étendra largement au-delà des limites de la capitale canadienne. Il décède en 2002 à l’âge de 93 ans.

Aujourd’hui il est toujours considéré comme l’un des plus grands photographes portraitistes du 20e siècle.
Il a inspiré de nombreux photographes et carrément inventé un style ; le fameux « Clair-Obscur » appelé aussi « Low Key ».

Qu'est-ce qu'on dit dans ces cas là ?

Merci Monsieur !

 

Pour le prolongement on peut voir ICI

Et ICI 

23:10 Écrit par Samuel Delcroix | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

13/02/2016

Marathon Photo - Opus 7 -> " Chien "

Dans le marathon, j’ai réservé une place aux êtres vivants et pour commencer, j’ai décidé de penser aux animaux. Je vous avais déjà présenté un singe mais c’était pour illustrer le mot « Bijou ».

Aujourd’hui pour ce septième opus, je propose le mot « CHIEN ».

Il y a beaucoup de références aux chiens dans l’histoire de la photographie.

­On les voit apparaitre ici et là dans l’œuvre de très nombreux photographes.

Elliot Erwitt ou le regretté Michel Van Den Eeckhoudt (par exemple) ont proposé de très bonnes images où ils occupent une place de choix. Elliot Erwitt les utilisait dans ses photographies de mode et les considérait comme de véritables mannequins. Michel Van Den Eeckhoudt les aimait simplement, comme des amis. Sans vraiment les chercher, il les trouvait au hasard de ses déambulations et il donnait d’eux des images souvent très attendrissantes.

Pour illustrer ce nouveau mot j’avais l’embarras du choix et pourtant je n’ai choisi ni l’un ni l’autre car même si le chien est présent dans leurs œuvres, il n’en est pas le centre.

weegman1.jpg

En revanche, il est un photographe américain répondant au nom de William Wegman qui a fait du chien l’unique sujet de son œuvre. C’est à lui que j’ai donné ma préférence.

Tirée de son travail de plus de trente années, j’ai pioché une image peu ordinaire où le chien semble à la fois présent et absent. On ne le découvre pas tout de suite. Il se fond dans le décor et disparaît derrière le costume dont il est affublé.

C’est le côté monochrome qui apparaît d’emblée; les feuilles, les motifs du papier peint...

Ce n’est qu’en se penchant un peu plus attentivement qu’on voit la silhouette du chien et ici et là, au hasard des trouées entre les feuilles, son pelage, son museau, ses pattes et … son air triste et résigné.

L’œuvre toute entière de William Wegman est teintée d’humour. D’un humour très « british » sans moquerie ni cruauté.

En voyant ce chien sous cet angle et dans cette situation cocasse, on ne peut s’empêcher de sourire et même de s’émouvoir de son triste sort.

On ne se moque pas vraiment; on sourit en découvrant sa position peu enviable et puis on s’en émeut. 

Nous sommes des êtres humains dotés de sentiments et nous ressentons en nous-mêmes un peu de peine pour la « pauvre bête » qui subit…  

Le paradoxe c’est de n’avoir pu s’empêcher de sourire d’une situation qui n’est pas réjouissante.

L’un des objectifs poursuivis par l’auteur serait-il de jouer avec ces sentiments opposés ?

Une chose est sûre : En les faisant poser comme de véritables êtres humains et en leur prêtant des comportements extravagants (port de costumes loufoques, poses grotesques, attitudes saugrenues etc.) il parvient à nous les rendre proches et de toute cette absurdité il se dégage finalement beaucoup de douceur.

Acquis en 1970, il appelle son premier chien « Man Ray ». Ça ne s’invente pas !

Son œuvre flirte en permanence avec l’absurde, le surréalisme.

Il raconte que lors de l'adoption du chien (forcée car c’est sa femme qui en voulait un, pas lui) une fois rentré au domicile, le chien alla s’asseoir tout naturellement sur un fauteuil et pris une pose très photogénique dans une lumière très particulière !

C’est à ce moment là que le déclic se produisit. Et le déclic pour un photographe c’est très important ;-)

C’était en 1970 ! La critique au tout début n’y voyait que de l’humour au premier degré. Pour elle, c’était gentil, sans plus…

Depuis cette époque, son travail a beaucoup progressé et aujourd’hui la même critique reconnaît et salue son grand talent, son inventivité, son sens du graphisme et ses dimensions plastiques.

L’œuvre de William Wegman s’est fortifiée au fil des ans.

Sa démarche s’est affinée et on peut dire à présent qu’elle est devenue « plasticienne » dans le sens où le chien n’est plus qu’un prétexte pour nous présenter de la mise en scène. Il se sert de lui comme d’une figure récurrente et ce qu’il nous propose ce sont des portraits en situation, des installations soignées dans des décors judicieusement préparés... 

L’objectif est de faire passer une impression globale où formes, couleurs, motifs concourent avec lui pour former un ensemble séduisant.

Graphiques et innovantes, ses propositions ne laissent pas indifférent.

D’image en image l’expression du chien est immuable ; sa docilité et son air triste sont permanents. C’est le contexte qui change ; le décor, les couleurs, les objets qui l’environnent. Le chien est devenu une sorte de colonne vertébrale dont l’artiste se sert pour développer autour et à partir d’elle toute sa créativité.

La force de l’œuvre, c’est son renouvellement.

En n’utilisant qu’un seul sujet il courrait le risque de l’épuiser mais c’était sans compter sur sa créativité et son intelligence, son sens de l’humour, de la dramaturgie, du graphisme... j'en passe !

Il a réussi à nous proposer au fil du temps des images surprenantes dans une démarche en perpétuelle évolution et toujours réjouissantes.

Aujourd’hui, il jouit d’une reconnaissance internationale et du privilège d’être à la fois reconnu du grand public et admiré par les connaisseurs, même les plus exigeants.

N’est-ce pas justement le propre du génie ?

 

 

21:44 Écrit par Samuel Delcroix | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |